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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty Re: La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards

Message  AKA Jeu 24 Mar 2022 - 11:35

Les deux La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 1968435548

AKA
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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty Re: La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards

Message  Gold65 Ven 25 Mar 2022 - 8:21

T’as en jamais essayé une autre tout en gardant la tienne? 😇

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty La moto qui était toujours en wheeling

Message  g2loq Mar 29 Mar 2022 - 11:01

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick | 29.03.2022

La moto qui était toujours en wheeling

Il existe une catégorie de motos qui passe tellement de temps en wheeling qu'ils ont fini par retirer la roue avant

J'en achèterais bien une

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 La-mot12
La moto qui était toujours en wheeling (c) photo : Tadeu Gabriel Arci

Imagine une moto perpétuellement en wheeling. 
On peut donc en retirer la roue avant. Mais alors pourquoi conserver la fourche ? Ou le guidon.
En équilibre sur la roue arrière, grâce à la seule force de son moteur, on peut même ôter une bonne partie du cadre, pour ne conserver que sa transmission, la roue arrière, le bras oscillant et un bout de cadre. 
Oui, mais si on loge le moteur dans la roue ? Alors plus besoin de cadre. 
Si le moteur est électrique, plus besoin de réservoir. On peut aussi rester debout pour bien contrôler l'engin.

Et paf ! La monoroue électrique gyrostable.

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 92-lar10

J'aime bien ces drôles d'engins. 
Ils occupent une niche particulière à côté des vélos et des trottinettes, sinon que l'esprit de leur clientèle semble se rapprocher plus des motards que des automobilistes. 
D'abord parce que l'inévitable gamelle qui survient pendant la période d'apprentissage leur apprend à rester humble face au bitume ‒d'où leur équipement qui ne déparerait pas sur une petite cylindrée. Ensuite parce qu'en tant que minorité, ils ont aussi choisi de se regrouper et font ainsi des sorties en bande comme tout bon tarmo qui se respecte.

Gants et protège-poignets sont un minimum pour rouler. Un blouson de mi-saison avec coques aux coudes et aux épaules n'est pas une mauvaise idée ; ça tombe bien : les motards ont tout ce qu'il faut. 
Pour les genoux, on peut choisir ce qui se fait pour le skate/vélo ou chez les motards amateurs de gadoue. Le pantalon et la veste de pluie ne seront pas de trop dans la panoplie. 
Descendu de sa machine, on pourrait presque le prendre pour un tarmo s'il n'avait pas une sonnette de vélo attaché à la bretelle de son sac à dos et une loupiotte rouge sur l'arrière du casque.

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Hghggg10

Dans les essais, ça cause puissance, bien sûr. Mais, je retrouve de la moto dans les questions liées à la dimension et à la pression des pneus. Quelques modèles peuvent être livrés soit avec des gommes de route soit avec des enveloppes à crampons pour ceux qui veulent rouler hors bitume ‒certains ne s'en privent pas, au point de passer là où un vélo tout chemin s'arrête.

Comme à moto, il y a les "petites" et les "grosses" roues, en fonction de leur poids ou de leur autonomie. 
Certaines passent allègrement les 100 kilomètres d'une traite, voire 150 en faisant attention. Mais alors ce sont de grosses bestioles de 30 à 35 kilos, plus taillées pour la randonnée que pour la ville. Certains préfèrent les roues à pneus fins, de 20 kilos maximum, pour pouvoir monter sans problème une volée de marches et ne pas dépendre d'un ascenseur quand il s'agit de la ramener chez soi. 
Autres paramètres important à prendre en compte : l'étanchéité, qui, étrangement, est très loin d'être garantie, même quand on tape dans le haut de gamme ; la crevaison, qui implique souvent un gros démontage pas à la portée de tout le monde après être rentré à pied ; le SAV, délicat quand on habite loin d'un atelier.

Pourquoi n'en voit-on pas partout en ville ? 
Sans doute parce que, comme à moto, il faut acquérir un équilibre. La trottinette s'apprend en 15 minutes, alors que pour la gyroroue il faut deux bonnes heures d'essais pour arriver à monter dessus et prendre un virage et plusieurs dizaines de kilomètres de roulage pour être à l'aise.
Encore plus qu'à moto il faudra faire attention à l'état de la route et notamment aux déformations longitudinales, aux nids-de-poule ou aux rails de tram. Ce qui ajoute à cette impression que la monoroue est un engin à l'esprit typiquement motard, par opposition à la trottinette qui convient à l'automobiliste repenti.

Une fois sur la machine, ce n'est pas tout à fait du ski, pas tout à fait du vélo, pas tout à fait du roller, pas tout à fait du skate. 
Pour avoir utilisé un Segway il y a quelques années, je sais que ces engins sont tout à fait stables par eux-mêmes ; j'ai juste à apprendre à mes pieds, mes chevilles, mes jambes, mes épaules comment bouger pour aller où je veux.

Plusieurs Youtubeurs font du bon travail et les images qu'ils ramènent de leurs promenades donnent envie. 
J'apprécie particulièrement l'enthousiasme de Bonheur sur Seine et les essais très longs (sur 1.000 kilomètres) de Speedy Feet UK. Gabb V12 donne le point de vue de celui qui débute : utile.

Les prix ? Rien de sérieux en dessous de 1.000 euros, ça commence à devenir correct à partir de 1.500 pour une urbaine qui peut remplacer une petite bécane pour faire 15 ou 20 bornes et au-dessus de 2.500 on tape dans les machines de luxe (grosse puissance, grosse autonomie, très lourdes).

Mais... il y a au moins deux gros 'mais'. 
Premièrement, ces engins sont bridés sur route à 25 km/h en France, ce qui retire beaucoup aux grosses roues de plus de 1.500 watts qui prennent 50 km/h facilement. 
Deuxièmement, il faut les assurer, donc compte 100 balles par an en plus.

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty 5 avril - Bientôt, les autoroutes à 90km/h

Message  g2loq Mar 5 Avr 2022 - 10:01

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick | 05.04.2022

Bientôt, les autoroutes à 90km/h

Pour ton bien

Tu peux toujours râler : cela arrivera un jour. C'est pour ton bien, bordel !

Pour ton bien™, l'Agence internationale de l'énergie veut que tu roules moins et moins vite. 
Tu peux toujours râler : cela arrivera un jour. C'est pour ton bien, bordel !

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Bientôt, les autoroutes à 90km/h (c) photo : Josh Sorenson

Tu as sans doute vu passer dans la presse officielle ce petit chef d'oeuvre de faux-derchisme où l'Agence internationale de l'énergie explique que toi, tu vas devoir rouler moins vite et moins souvent afin que quelques autres continuent comme si de rien n'était -je résume.

J'attire ton attention sur l'infographie en couleur pour enfant de 6 ans qui accompagne ces "propositions" -au nombre de 10 : il faut faire simple. On n'est pas cons, mais ils nous prennent quand même pour des débiles. Ça sent moins le plan mûrement réfléchi par de vieux briscards de la géopolitique pétrolière que le truc ficelé à l'arrache par le stagiaire.

J'ai été très surpris de voir l'AIE sortir un tel document, elle qui ne jure que par la coâââssance. Puis, je me suis rappelé cette question que je me posais naguère : comment vont-ils s'y prendre pour imposer le rationnement du carburant pour les particuliers ?

En France, la dernière fois que ça a duré plusieurs mois, c'était à cause d'une guerre. La fois d'avant aussi.

Hum-hum... Cela m’évoque quelque chose de plus actuel...

Mais détaillons un peu ce que propose l'AIE. C'est tout à fait pernicieux. Elle fait peser la majeure partie des "économies" potentielles sur les épaules du consommateur, soit directement (vitesse inférieure, télétravail, interdictions de rouler sous des prétextes divers) soit indirectement puisqu'il faudra bien trouver dans une poche les sous pour 'développer' les transports en commun -bonne chance pour tasser encore plus de monde dans le métro ou le RER. Ce sont des propositions "yaka-fôkon" : personne ne s'y conformera et l'AIE le sait très bien ; ici, elle borde ses fesses.

En revanche, il n'est question nulle part d'envoyer à la casse 90% de ce qui vole après avoir expliqué que non, ne pas passer ses vacances aux Seychelles n'est pas un crime abject qui relève de la compétence du Tribunal pénal international. De même, l'AIE ne conseille pas aux croisiéristes de se chercher un autre taf'. Ou bien à la FIM/FIA d'arrêter les compétitions mécaniques qui brûlent de l'essence pour rien -l'heure est trop super-grave et il faut arrêter le gaspi, oui ou non ?

Je verrais mal l'AIE préconiser franco la mise en place de tickets de rationnement du carburant. Comme les histoires d'environnement ont fait un bide -20 ans de bourrage de crâne presque en vain- il faut passer par un autre biais pour obtenir du contribuable qu'il se serre la ceinture.

Mais là... j'ai un doute. Le prétexte du bazar à l'est pourrait ne pas durer aussi longtemps que certains l'espèrent et les appels au patriotisme énergétique n'ont pas l'air d'émouvoir les foules. Pas sûr que Motardus Simplex soit prêt à se traîner volontairement à 70 sur autoroute urbaine pour se fâcher encore plus vite avec le pays qui chauffe son appart' et fournit la matière première nécessaire à la fabrication de ses pneus -pour ne citer que deux exemples parmi des centaines d'autres. Oui, le commerce international est aussi affaire de chantage.

Dans mon environnement immédiat, le super à deux euros n'a pas déclenché une ruée sur les CB 125 F, mais plutôt des réactions outrées à propos de ces fameux "zôtres" qui continuent de rouler "à fond la caisse" -rhaah, les salauds !

Voilà pourquoi je suis confiant : le pamphlet de l'AIE a toutes les chances de finir fissa aux oubliettes. 
Cependant, ce n'est que partie remise. Un jour prochain, l'idée du ticket de rationnement pour l'essence ou le kWh ressortira avec un peu plus d'insistance, sous une forme déguisée (ne pas rouler en ville le dimanche est une mesure de rationnement, ne t'y trompe pas). Ce sera en vain : même s'il est mis en place, le rationnement ne fera que retarder l'agonie d'un modèle de société qui n'en finit pas de cracher ses bielles par ses carters crevés.

Allez ! Il fait beau. Je vais me faire une petite balade tant que ça ne tombe pas sous le coup du Déplacement Par Voie de Véhicule Thermique Motorisé Sans Motif Impérieux Professionnel ou Médical Avéré (135 balles, portées à 4.500 en cas de récidive), maintenant que j'ai trouvé le mode "Ponce Pilate" dans les réglages de la carto d'injection. Gaazzzz !

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty 12 avril

Message  g2loq Mar 12 Avr 2022 - 10:15

M'enfin, ce n'est pas particulier aux Béhèmistes, hein !... La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Lol2194

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick | 12.04.2022

Le vieux motard qui ne saurait rouler qu'en Béhème

Lui, c'est jamais sans sa Béhème. Il n'en démord pas.

Il patauge et tatouille dans les graviers de la pente, cramponné à son guidon, à deux doigts de tomber. 
Mais lui, c'est jamais sans sa Béhème. Il n'en démord pas.

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Le-vie10
Le vieux motard qui ne saurait rouler qu'en Béhème (c) photo : Lisa Fotios

Il fait très beau, ce dimanche. Un peu frisquet à l'ombre, certes, mais c'est inespéré pour un mois de février. 
Alors les motards sont de sortie en nombre.

Nous sommes attablés à la terrasse d'un café d'un de ces malheureux villages qui ne désemplissent jamais dès que la pluie cesse. On n'y circule qu'à pied sauf à être riverain. Les badauds déambulent, fourrant leur nez aux fenêtres ; ce doit être horripilant d'habiter ici quand on n'a rien à vendre aux touristes.

Partis à trois, nous sommes rejoints par des copains de copains. À table, ça cause moto, bécanes et deux-roues. 
La crêpe beurre-sucre est à sept euros, mais j'ai décidé de faire semblant d'être riche, aujourd'hui.

Cette après-midi, nous allons dans la vallée de Schmürtz pour aller voir l'abbaye de Zboïng. 
Cela m'est égal : il fait beau, la route virevolte entre de jolies collines et j'ai enclenché le mode "cordial-affable".

Cordial-affable, j'ai dit ! Parce que la troupe compte un ayatollah de la Béhème. La cinquantaine bien entamée, bedonnant, encore moins de cheveux que moi, il nous décrit avec délice les péripéties de l'achat de sa dernière monture à l'automne. 
Le clou du spectacle met en scène un jeune freluquet, commercial junior de la concession que notre béhèmiste fréquente "depuis trente ans", vertement remis en place par le patron de ladite concession (un "ami de longue date") pour une histoire de ristourne.

En me concentrant très fort sur un intéressant reflet de lumière colorée sur une vitre, j'arrive presque à ignorer la manière dont il parvient à mentionner par deux fois le prix de sa bécane à la dizaine d'euros près. 
Avec un paquet d'heures supplémentaires, ça me ferait dans les 18 mois de salaire : je suis hors course.

Je n'ai ja-mais eu que des BMW. J'ai toujours opté pour la qualité, voyez-vous ? Et puis, j'ai su rester fidèle à un concessionnaire et sur le long terme, ça paye, c'est une évidence. On n'a rien sans rien, je le dis souvent. Les rares fois où j'ai dû revenir pour une panne, ils se sont occupés de ma moto im-mé-dia-tement ; pas question de me faire attendre. Vu ce que je leur ai versé en trente ans, c'est bien le moins qu'ils puissent faire, non ?

J'imagine que les concessionnaires ont des mots de code pour ce genre de clients. Peut-être que 'CSP', dans leur tête, signifie 'Connard Super Pénible' ? 
Je plains ceux de la marque susmentionnée : ils doivent en attirer un nombre anormalement élevé ‒plus que les vendeurs de Mash ou de Royal Enfield.

Petit aparté : j'ai l'air de râler après Béhème. Mais non. Ils font de bonnes machines : rien à redire là-dessus. C'est cette minorité d'odieux enflés qui gâche tout ; je m'estime d'ailleurs heureux que les deux autres fournisseurs officiels de blaireaumobiles s'en tiennent aux trucs avec deux roues en trop.

Nous avons fini de manger et partons. Direction la vallée de Schmürtz. 
Le parking sur lequel nous sommes garés est un terre-plein en léger dévers d'argile blanche mélangée à des pierres. Monsieur Pénible en chie visiblement pour déplacer son flat. Les cailloux roulent sous ses bottes. Par deux fois, il manque de se mettre par terre. Il finit par démarrer et dégage sa moto au guidon et à l'embrayage, toujours en équilibre instable.

Il vient se ranger à côté de moi et commence à pester contre le parking. Tu ne te serais pas trompé de problème, par hasard, pépère ?

Nous sommes maintenant tous prêts à partir. Il va pour embrayer, à la suite de Christophe qui ouvre la route, mais je l'arrête d'un geste :

- C'est moi qui ai la plus petite moto, c'est moi qui roule en deuxième position.

Et je démarre sans attendre de réponse : reste derrière, avec ta meule à 18 smics.

Non, il n'y a pas de morale à l'histoire. 
Pas de moment de rédemption où Monsieur Pénible s'aperçoit soudain qu'il est un odieux enflé, fourgue sa Béhème et s'achète une Diversion 600 N ex-moto-école après s'être excusé auprès du commercial junior.

Tu n'y aurais pas cru une seconde.

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty 26 avril

Message  g2loq Mar 26 Avr 2022 - 9:46

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick | 26.04.2022

Rien ne va sur cette moto

Trop ceci. Pas assez cela.

Je cherche en vain la bécane qui coche toutes les cases.

Sur cette moto, rien ne me va. Trop ceci. Pas assez cela. Je cherche en vain la bécane qui coche toutes les cases.

Je râle souvent après les gens qui râlent : je n'aime pas les gens qui râlent tout le temps. Pourtant, je râle souvent après mes deux motos.

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Raleur10
Rien ne va sur cette moto (c) photo : Andrea Piacquadio

La première n'a pas assez de chevaux, manque de vitesse de pointe, est dotée de suspensions tape-cul, d'un réservoir trop petit, d'un tableau de bord dépourvu d'horloge et me met dans une position de conduite façon chaise de bureau qui ne me convient pas.

La deuxième est trop haute de selle, vibre désagréablement entre 90 et 110, est encore trop fébrile sur l'angle malgré les nouveaux pneus, ne freine pas bien de l'avant et le coupe-contact sur la latérale empêche de faire tourner le moteur quand elle est dépliée -c'est stupide.

Petit à petit, je remonte les catalogues des constructeurs, en partant des 125 (13 chevaux minimum), puis les rares 300 survivantes des purges du début des années vingt, puis les 500 (500 CB, 500 CB et surtout CB 500), pour finir par rebrousser chemin aux environs de 750 cm3 : pour faire avant tout de la ville sur des trajets mototaf', c'est idiot de choisir une Ténéré.

Plusieurs fois j'ai établi la liste de tous mes critères de choix, par ordre décroissant d'importance : consommation, autonomie, hauteur de selle, poids, vitesse de croisière, prix, pas une clientèle de tête de noeuds ; puis tenté de faire correspondre le tout à ce qui est disponible en neuf.

Raté : il manque toujours quelque chose.

L'ADV, peut-être ? Ou le 500 TL ? Ou encore cette 350 Meteor dont ils sont nombreux à dire du bien -tant pis pour l'autoroute ?

Puis je relève la tête de mon écran et regarde Lapin-Lap1 pour me dire que presque tout y est, en fait. Je râle comme les autres, surtout pour le plaisir de râler et donc d'exister socialement -les non-râleurs ont peu de choses à dire et perdent le rôle enviable de victime (plaignez-moi ! mais plaignez-moi, bordel !). Alors que Lapin-Lap1 coche presque toutes les cases, à part celle des suspensions ; mais il suffit de rouler le dos droit et ça passe, d'autant que le guidon très rapproché se prête bien à cette position.

Puis je suis tombé sur un article je ne sais plus où qui explique que le contrôle -ou l'illusion du contrôle- rend la vie ennuyeuse et affadit le quotidien. C'est, simplement, ce qui rend désirable un cadeau : ne pas savoir ce qu'il y a dans la boîte.

La route, sur une moto dont il serait impossible de perdre le contrôle quoiqu'il se passe, porte un autre nom : le train. Une bécane sans surprises, c'est aussi passionnant que la lecture du mode d'emploi du lave-vaisselle sans eau.

L'injection, c'est sans doute très bien, mais il faut remonter de temps en temps sur une enclume à carbus des années 90 pour constater ce que nous avons gagné, certes, mais surtout perdu en trente ans. Tiens ! Grimpe sur un Bédouze, avec son starter à la main, son moteur qui ratatouille à froid, sa direction pataude à basse vitesse et ses suspensions médiocres -sans même parler de son cadre qui gigote autour de la colonne de direction. Ou bien un ZRX si tu veux un châssis un peu meilleur et un moteur à eau un poil plus moderne que le vieux air-huile. Ensuite, remet du gaz en trois dans un grand virage bien propre, avec juste l'arrière qui frétille un peu pour te pousser à serrer encore plus les jambes sur le réservoir.

Non : les motos trop bien, trop léchées, sont ennuyeuses. Plutôt qu'un mode "sport", il faudrait un mode "carbus avec synchro en vrac" qui serait bien plus drôle à utiliser. Puis, juste après, je pense à ces bleaireaumobiles aux pots d'échappement qui font "blouk-blouk" à la décélération pour faire genre ya-des-chwô ; le plus drôle, c'est que le "blouk-blouk" est réglable par ordinateur sur trois positions ('pas de blouk-blouk', 'petit branleur qui n'assume pas' et 'regardez-moi tous, je suis un maxi-connard').

Plutôt que de râler, je vais regarder du côté des suspensions adaptables à monter sur Lapin-Lap1 pour remplacer les combinés d'origine trop raides. Par exemple en écoutant du Souchon (elle me dit que ch'pleure toul'temps/que chuis comme un tout p'tit enfant/qu'aime plus ses jeux sa vie sa môman...). Les EMC ont l'air pas mal, non ? Mais les Ohlins sont quand même mieux, mais rhaaaa ! Ils sont trop chers. Non. Il faudrait que je trouve un truc pas-trop-cher-mais-bien-quand-même qui cocherait toutes les cases...

Jamais content...

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Rien-n10
Rien ne va sur cette moto (c) photo : Andrea Piacquadio
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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty 17 mai

Message  g2loq Mar 17 Mai 2022 - 10:22

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick | 17.05.2022

J'ai trop la flemme

La révision de la bécane approche et il faudrait que je mette un gros coup de propre dans le box.

Mais, j'ai vraiment trop la flemme

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 J-ai-t10
J'ai trop la flemme (c) photo : Pavel Danilyuk

C'est un peu comme le coiffeur ou les courses de café : j'ai trop la flemme. 
J'attends la dernière minute ou quand on m'appelle "professeur Nimbus" depuis un mois au taf' et que j'en ai marre.

Avec la bécane c'est pareil. Pour la révision des 12.000, j'attends d'être à... 12.000 puis d'entendre mon mécano chéri me dire : "pas avant trois semaines". 
C'est pas un drame, tu me diras, de faire la révision des douze à treize et demi, mébon... c'est symptomatique. 
Pis c'est pas comme si je ne savais pas que chaque année vers la mi-juin le carnet de rendez-vous est blindé chez tous les concessionnaires.

Et encore... j'me suis calmé. À une époque, je faisais pareil avec les factures EDF et les échéances de l'assurance de la bécane. Pas glop.

Là, j'ai entassé dans le box des glingues qui sont normalement à la maison, ce qui fait que je tarde à bricoler sur le vélo à la sortie de l'hiver pour préparer cette balade prévue pour le week-end prochain. 
Ce n'est rien, mais j'ai la flemme de descendre au box.

Ça fait deux ans qu'il faut que je m'occupe de remplacer le lève-vitre sur la bagnole, sinon elle ne passera pas au CT. C'est pas super compliqué, il faut déposer la contre-porte, débrancher un peu d'électricité, pas me louper en sortant la vitre. Allez ! On va dire 15 vis, huit clips et une heure en prenant mon temps. 
Mais, j'ai la flemme.

Sur Lapin-Lap1, il faut que je me décide à remplacer le cache plastique pété par le caisseux qui lui a reculé dedans il y a... dix-huit mois ? C'est pas super grave, mais ça fait moche, ce bout de plastique fendu juste sous le tableau de bord. Faudrait pas non plus que sous la flotte de l'eau se glisse par la cassure et vienne semer le souk dans le circuit électrique. Mais, j'ai trop la flemme. 
Il faut déposer presque toute la face avant pour arriver à choper quatre pauvres vis derrière la colonne de direction et j'en ai bof envie. Ça fait un an et demi que c'est comme ça, ça sera pas un drame si ça reste comme ça six mois de plus, non ? J'ai grave la flemme.

Si j'avais moins la flemme, je me serais mis à la recherche d'un moyen de fixer mon grand pare-brise plutôt que de retirer les supports sur mon petit saute-vent : ça fait mal aux doigts et je me dis qu'à la longue je vais finir soit par fêler le plexiglas, soit déchirer les caoutchoucs. Il faudrait que j'aille faire un tour chez le Liroï-Mèrline du coin voir ce qu'ils ont comme caoutchoucs compatibles au rayon plomberie. 
Mais, j'ai la flemme.

La liste s'allonge : je dois laver les mousses de joues de mon casque qui virent au noir semaine après semaine, descendre du grenier mon blouson d'été et récupérer les coques de mon blouson d'hiver -lui aussi devrait passer à la machine : il sent drôlement le motard. Une fois là-haut, je m'apercevrai probablement que j'ai aussi eu la flemme l'année dernière de laver mon blouson d'été avant de le remiser. Un truc de plus à faire. 
Mais, j'ai trop la flemme.

J'ai aussi un vieux bidon d'huile datant de la dernière vidange d'Henri IV que je dois vider à la déchetterie, quelques chiffons crades qu'il faut que je mette à la poubelle, une petite pile de carrés de microfibre qu'il faudrait que je me décide soit à passer à la machine -un jour ou Madame a le dos tourné- soit les mettre à la benne. Ah ! Et je n'ai presque plus de produit à vitre pour mettre un coup sur les carénages quand j'ai la flemme de descendre une bassine d'eau de la maison.

J'ai une de ces flemme, moi...

J'ai sorti le transat dans la cour. 
J'ai trouvé le filon littéraire d'un auteur que je ne connaissais pas jusqu'à présent : douze bouquins à déguster dans l'ordre. 
Thermos de thé. Le chat vit sa vie au milieu des jonquilles finissantes.

J'ai une foutue méga flemme.

J'adore.

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty Paumé, à poil et sans GPS

Message  g2loq Mar 31 Mai 2022 - 10:13

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick | 31.05.2022

Paumé, à poil et sans GPS

Ah ! La navigation à l'ancienne.

À la carte routière et au pifomètre.

Ah ! La navigation à l'ancienne. À la carte routière et au pifomètre. Sauf que je n'ai plus de carte routière sous la selle depuis belle lurette, puisque j'ai un GPS... je devrais avoir un GPS... j'ai oublié mon GPS. Oups.

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Paume-10
Paumé, à poil et sans GPS (c) photo : ArtHouse Studio

Parenthèse téléphonique : j'entretiens une petite collection de terminaux. Je n'ai pas le coeur de les mettre à la benne. Le plus ancien encore en état de marche est un Sony E1 que je rallume de temps en temps, un peu comme tu referais un tour sur une XT 500 pour te rappeler comment ça fait de rouler sans freins et avec un moteur qui ne fonctionne qu'entre 3.000 et 5.000.

Pour tous les jours, en fonction de la taille de mes poches et l'usage que je compte en faire, j'oscille entre un X Compact (mon terminal préféré), un XZ1 Compact, un Samsung A40, un Mi 9T, un XA2 Ultra et un Note 10+. Si tu t'y connais un peu, tu auras remarqué l'étroite similitude d'aspect entre le X et le XZ1 -pour les autres : ils se ressemblent bigrement. Cela aura son importance par la suite.

Or, ce jour-là, je dois me rendre dans le Nord lointain (comprendre : dans l'Yonne). Je prépare mon baluchon pour une nuit, puis mon téléphone-GPS. J'échange la SIM et la carte SD du X Compact au XZ1, parce que ce dernier est étanche et que sa batterie est chargée. Je lance Gougeulmappse sur le XZ1, rentre ma destination depuis le réseau radio de la maison, sauvegarde le tracé si la liaison radio devait être mauvaise en chemin et hop ! C'est parti.

Sur plus de la moitié du parcours, je connais la route : Sombernon-Vitteaux-Avalon, c'est du tout facile. C'est après que je ne sais plus trop comment rejoindre Toucy. Une fois arrivé à Avallon, je m'arrête pour faire le plein et sors mon téléphone. Tiens ? Pourquoi s'est-il éteint ?

Boum ! Un astéroïde de consternation me frappe de plein fouet à une bonne fraction de la vitesse de la lumière.

Je me suis trompé d'appareil, tout à l'heure. Sans réfléchir, par habitude, j'ai pris le X Compact plutôt que le XZ1.

Me voilà donc à mi-chemin, avec seulement une vague idée du nom de la destination, sans carte et sans GPS, puisque mon téléphone n'a plus de SIM et que les cartes du logiciel de navigation installé sur mon appareil sont stockées sur la SD restée à la maison.

Merdmerdmerdmerd !

Rentrer ?

M'obstiner ?

M'obstiner, bien sûr ! Tête d'oeuf, oui, mais d'oeuf dur !

Alors... voyons voir : je vais en direction de Toucy. Donc à peu près par là... Ensuite, je me rappelle que le nom du bled où je vais commence par un 'M' et comporte un 'Z'. Ou un 'S', je ne sais plus. Donc en prenant la direction d'Auxerre par la nationale, ça devrait être bon. Normalement. Si je me souviens bien.

Je fais le plein ras la goulotte. Peut-être que 300 kilomètres d'autonomie ne seront pas de trop pour faire les 80 bornes qui restent.

Tout à coup, je fais super gaffe aux panneaux. Il n'y aura pas la Gourde qui Parle toute Seule pour me dire que je me suis trompé de direction mais que c'est pas grave puisqu'en tournant là-bas, je pourrai rejoindre la bonne route.

Le seul truc dont je me souviens, c'est qu'à un moment il faut bifurquer vers la gauche si je ne veux pas me retrouver à Auxerre. C'était sur une route. Mais laquelle ? Direction Vézelay-Clamecy ce n'est pas bon : trop à l'ouest. Il faut que je vise entre Auxerre et Clamecy.

Mouais.

Ça pue, mon histoire. Si je tarde trop, j'en connais une qui va salement s'inquiéter.

Si j'avais été plus prudent, j'aurais noté sur un bout de papier les villes les plus importantes et scotché le tout sur mon pare-brise. A l'ancienne, quoi.

Allez ! En route ! On verra bien.

Ha hah ! Vingt kilomètre plus loin : une direction Toucy. Sur ma... droite ? Bizarre. J'ai vu le panneau un peu tard : j'ai dépassé l'intersection. Demi-tour et vroum... La route est jolie : je longe les méandres de l'Yonne. Je rentre dans Toucy... non ! Trucy-sur-Yonne. TRUcy, pas TOUcy. Ah ! L'andouille ! Le bougre d'andouille ! Même pas foutu de lire correctement un panneau indicateur !

Je fais demi-tour, furax. J'arrivais de... là ? Et ensuite, c'était à droite ? Ici ? Si j'avais été chez les scouts, ils m'auraient appelé Bourricot Égaré, ou un truc dans le genre.

Ouais... Mailly-le-Château. Ça me dit quelque chose. Tentons par là. Courson-les-Carrière : ça me parle aussi. Ah ! Une direction Toucy ! Toucy-pour-de-vrai, ce coup-ci. Coup de bol.

Toucy. Je suis doublé par un type sur une R1 qui fait un bordel à rétablir la peine de mort rien que pour lui. Et maintenant ? Sur l'invitation, il y avait marqué "entre Toucy et Saint Fargeau", ça je m'en souviens bien.

Ha-hah ! Ayé ! C'est à Mézilles que je vais ! Je me rappelle ! C'est par là.

Mézilles. Ouf. Et maintenant, c'est où ? Le patelin n'est pas bien grand, mais trouver une chambre d'hôtes dont j'ignore le nom, quelque part sur le territoire de la commune... ça va prendre du temps.

Machinalement, je sors mon téléphone, des fois qu'il traînerait quelque chose dans mon client de messagerie ou dans l'historique du navigateur.

Eh ! Mais c'est la voiture de Cécile qui passe devant moi ! Impossible de louper sa Clio grise à coffre vert. Vite-vite-vite ! Téléphone dans la poche contact béquille démarreur clicos rétro vroum ! Faut pas que je la perde !

Oui, c'est bien sa Clio : je reconnais les autocollants à l'arrière. Elle tourne dans une petite rue qui grimpe à flanc de colline. A gauche à une intersection. Puis à droite. Enfin, elle s'engage dans un petit chemin caillouteux. Ouf ! Je suis arrivé !

- La route ? ouais, ouais, ça allait. Oui oui, j'ai trouvé facilement. Hu hu : penses-tu ! Avec le GPS et tout et tout... Impossible de se perdre, d'nos jours.

Gloups...

Epilogue, dimanche soir : le XZ1 est bien sur mon bureau, où je l'avais laissé samedi matin. Quand je le rallume, la Gourde qui Parle toute Seul juge bon de m'interpeller : "dans 200 mètres, tournez à gauche".

Ha-ha. Très drôle...

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty Adja est amoureuse

Message  g2loq Mar 5 Juil 2022 - 9:46

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick | 05.07.2022

Adja est amoureuse

Adja est amoureuse. D'un motard.

Elle est revenue ravie de sa première balade, le week-end dernier. Samedi, elle va s'acheter son propre casque.

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Adja-e11
Adja est amoureuse (c) photo : Guilherme Almeida

Je ne sais pas si j'écris bien son prénom : Adja. J'ai appris son histoire par bribes, au fil de la papote entre copines. Pas toute rose, si j'ai bien assemblé le puzzle. Sous son armure brillante, le prince charmant de ses contes de petite fille n'était qu'un gros con ordinaire avec une conception très large de la fidélité et très étroite de l'assistance entre époux. Con au point de se rebiffer quand elle s'est décidée à prendre un avocat ; ya des mecs qui ne doutent de rien. Comme si cela ne suffisait pas : la santé chancelante de sa petite dernière, qui passe de cardiologue en cardiologue depuis sa naissance.

Pourtant, il est arrivé un petit miracle récemment : Adja a commencé à sourire quand personne ne la regarde. J'ai mis ça sur le compte de la météo, sur l'arrivée des cerises, ou que sais-je encore. Puis j'ai remarqué comment les copines sourient aussi autour d'elle. J'ai beau être un homme, donc obtus et lent, je me suis dit qu'il se passait quelque chose. Adja a changé de coiffure, est venue travailler avec des couleurs sur le visage, ne s'habille plus pareil. L'autre jour, je l'ai entendue rire aux éclats depuis le fond de l'entrepôt. Cela m'a fait plaisir : Adja est une bonne personne et j'étais triste de la voir malheureuse.

Ce matin, j'ai appris que son amoureux est un motard. Elle discutait avec Laetitia des expéditions. J'ai un peu joué les voyeurs, dans l'encadrement de la porte, un gobelet de café tiédissant à la main : Adja toute souriante, un brin essoufflée, les joues rosies, racontant ses premiers tours de roue à moto :

- ... et bing ! bing ! bing ! je n'arrêtais pas de lui mettre des coups de casque, alors j'ai commencé à regarder comme ça, (elle mime) par-dessus son épaule, pour anticiper quand ça freine. Je me tenais très fort à la poignée à l'arrière. On n'allait pas plus vite qu'en voiture, mais j'avais l'impression d'aller à toute allure ! Quand on s'est arrêtés, j'ai cru qu'il fallait que je descende tout de suite, mais non ! Holah ! La moto a fait une embardée et il m'a dit qu'il fallait que je prévienne quand je descends. J'ai bien cru que j'allais nous faire tomber.

La voici hors d'haleine, avec trop d'aventures à raconter : les passages dans les villages, comment ça penche dans les virages, l'odeur de l'herbe et des champs, le gros blouson lourd qu'il lui a prêté, le bruit dans le casque, les gants trop grands pour ses mains, comme il fait frais en roulant et chaud dès l'arrêt. Et tout et tout.

Sa balade à moto d'hier sort par paquets bruts, comme si elle descendait d'un manège de foire. Elle essaye de nouveaux mots : béquille, sacoche, dorsale. Elle découvre un univers insoupçonné -comme nous tous, un jour.

J'avais l'intention de ne pas intervenir, mais Laetitia m'interpelle :

- Eh ! Mais tu es motard, toi aussi, non ?

Je fais oui de la tête

- Alors vous allez bien vous entendre, ajoute-t-elle.

Adja et moi nous regardons, un peu surpris. Comme si rouler à moto nous faisait automatiquement rentrer dans une sorte de confrérie à part.

Cependant, je vois Adja faire le rapprochement :

- Ah oui : elle est à toi, la moto bleue, sur le parking de derrière ?

Je fais de nouveau oui de la tête.

Ce qui, pour elle, n'était qu'une non-voiture étrange a pris une forme différente depuis ce week-end. Ma non-voiture est devenue une moto, avec un fonctionnement qu'elle a pu goûter et des éléments dont elle connaît maintenant le nom. Tout à l'heure, en partant, elle regardera ma machine avec un oeil neuf.

La dynamique de la discussion s'effiloche. Elles bavardaient entre filles de trucs de filles et je suis entré. Ce n'est plus pareil. Je suis de trop. Je fais un petit signe de la main pour dire que je m'en vais.

Depuis l'autre pièce, je les écoute rire de nouveau. J'allais expédier mon gobelet vide dans la poubelle quand j'entends très nettement Adja lancer, toute fière :

- Et samedi, on va aller acheter MON casque.

Je souris. Voici la nouvelle Adja, radieuse et bientôt couronnée.

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty Re: La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards

Message  Didou57 Mar 5 Juil 2022 - 16:27

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 365723366

Belle petite histoire, sans moto, sans mécanique, sans l'aspect macho "c'est moi qu'ai la plus belle, celle qui roule le plus vite, etc". 
C'est frais.

_________________
A bientôt !

"Aides toi, le ciel t'aidera"

"Qui veut aller loin ménage sa monture." .............. Roulez prudemment !

Le Père Noël a lu vos publications toute l'année. La plupart d'entre vous recevront un dictionnaire.

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty La Dernière moto

Message  g2loq Mar 12 Juil 2022 - 8:43

Tiens au fait, ce serait intéressant de regarder combien d'entre nous sont déjà assis dessus... La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Rire-107

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick | 12.07.2022

La Dernière moto

Le forum regorge de fils à propos du choix de la première moto. Mais la Dernière ?

Laquelle choisir ? Une gamine excentrique ou une mamie placide ?

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 La-der11
La Dernière moto (c) photo : Pixabay

Je lis parfois ces fils de discussion à propos du choix de la première moto. 
Le plus souvent, l'auteur cherche à être conforté par les autres dans son choix : il ne cherche pas des conseils mais une approbation.

A l'autre bout, inévitablement, tu finiras aussi par choisir ta dernière moto.
Ce ne sera pas toujours un choix réfléchi : la vie décide souvent à ta place. Peut-être que je vais lancer la mode des threads "dernière moto" ?

Au rythme où je remplace mes motos ces temps-ci, je me dis qu'il m'en reste deux, peut-être trois encore avant de raccrocher. Donc, une Vultus, puis un gromono de type KTM LC4 et enfin... quoi d'autre ? Une diva ou une mamie ?

Si la moto n'est plus mon moyen de déplacement principal, si elle achève de devenir un luxe, si je ne la prends plus que pour faire des balades, ne faudrait-il pas tout mettre à fond ? Un deux-temps hurlant dont la fumée fait fulminer les fanas de la chlorophylle ? Une Ducati -enfin ? Une sportive de la belle époque et tant pis si j'ai trop la trouille de passer les neuf mille tours ailleurs qu'en ligne droite -les quatorze mille, ça sera dans la tête ?

Une moto rare, pas importée chez nous mais-je-m'en-fous parce que j'aurai le temps de bricoler dessus et d'attendre les pièces ? Ou au contraire une moto toute facile, parce qu'à 65 ans on calcule avant de lancer la patte par-dessus un capot de selle et qu'il vaut mieux avoir à relever 170 kilos que 240 ?

Je le constate : 400 bornes d'une traite et j'hésite. 600 et je recule, ou je fais une étape à mi-chemin. Pourtant, Lapin-Lap1 est du genre placide et facile à emmener.

Cela ne va pas s'arranger. Tu le sais toi aussi, non ?

Peut-être que c'est le catalogue actuel qui va me sauver. On a le choix entre de foutus outils, d'nos jours, avec entre autres la carto d'injection pour les vieux -je suis sûr qu'ils n'ont pas osé l'appeler comme ça, alors ils ont employé "mode pluie" à la place : quelle bande de faux derches ! Une Pagéniale avec les guidons rehaussés et perpétuellement bloquée en mode "vieux" ? Ce serait croquignolesque, non ?

Dans mon imagination, je serais ce vieux pépé qui déboule de nulle part sur sa bécane difficile à identifier tant elle est bidouillée de partout et qui te fais une démonstration de pilotage super-clean sur route, droit comme un i "parce que ma hanche/mon genou/mes cervicales". Faut se méfier du vieux motard local : ptète que c'est le vice-champion 1998 de Gazadonf'-Ranafoot, cette discipline disparue qui se disputait sur des 1000 sans freins chaussés de pneus de mobylette -si, si, ça a existé dans l'temps.

La première moto est pleine d'espoirs et d'optimisme. La dernière sent un peu la résignation -faut-il écrire sagesse ?- face aux totalisateurs qui jamais ne repartent dans l'autre sens. On serre les dents, on y va quand même, mais le soir, en rentrant, ça tire dans cette foutue épaule qui ne s'est jamais bien remise.

Alors ? Diva ou mamie ? Diva pour un dernier baroud d'honneur, ou mamie pour en profiter deux ans de plus ? Africa Twin prête pour la Mauritanie ou DR 650 type SP46 pour les routes cantonales du coin? Pagéniale Peaudécouilles Edition ou R6 coursifiée à polys "Bac à graviers Réplica" ? Deauville ou... heuh... Deauville ?

Pour la Dernière moto, je sais que je peux prendre mon temps. Goûter avant de me décider. C'est fou le choix que j'ai aux alentours de 4.000 ou 5.000 balles. Je dois juste m'assurer que ça passe du côté de mon mécano chéri et de faire attention à la disponibilité de certaines pièces qui vont se faire de plus en plus rares à mesure que se vident les entrepôts. L'électronique, c'est bien, sauf quand il faut retrouver une carte-mère de calculateur d'injection sur une modèle qui s'approche dangereusement du quart de siècle. C'est super une RC36, mais faut pas avoir à changer une optique ou un flanc de coque arrière.

Je vois la Dernière moto comme une synthèse de tout ce que j'ai appris en vingt ans de bécane. Ce serait une manière de répondre matériellement à cette question : "le superflu est-il indispensable" ? Si oui : 1250 GS. Si non : R 80 GS.

Hum...

Tout ça va finir encore en CB 500, je le sens. Mais avec un Öhlins à l'arrière, parce que ma hanche/mon genou/mes cervicales etc.

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Message  fiblan Dim 17 Juil 2022 - 8:53

Je me suis souvent demandé qui est koud'pied o'Kick ! Le sujet de cette semaine nous éclaire. Il n'est ni trentenaire, ni quadra ! Sait-on qui écrit cette rubrique ? Au style d'écriture ce pourrait être Lolo Cochet ... un avis ?


Dernière édition par fiblan le Dim 17 Juil 2022 - 9:06, édité 1 fois

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Message  fiblan Dim 17 Juil 2022 - 9:05

En tout cas la question posée est d'autant plus intéressante pour un winger, car 414kg tous pleins faits, un jour ça ne sera plus possible ! A bientôt 60 ans, nous rentrons d'une balade de 900km en 3 jours dont 500km le dernier jour (Yvelines, Côte normande jusqu'au bout de la presqu'île du Cotentin et retour sans autoroute), jusque là (60 ans) ça le fait encore sans problème, même les demi tours sur petites routes ensablées c'est passé sans frayeur. Je trouve toujours que le pire de la Gold ce sont ses suspensions. Elles n'absorbent aucun raccord de goudron, la moto "saute" de l'avant puis de l'arriere. Je me demande toujours à quoi servent les 140mm de débattement. C'est donc cet inconfort des suspensions qui finira par me poser problème en vieillissant, avant le poids de la bête. C'est ballot tout de même.

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty Une Transpyrennéenne à l'arrache - Part I.

Message  g2loq Mar 19 Juil 2022 - 8:36

On ne connait pas l'âge de Koud'Pied o'Kick, mais dans sa tête au moins, il est toujours aussi jeune.
Suivons-le, lui et ses potes, dans cette nouvelle aventure à rallonges La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Vroom177

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
Par Koud'Pied o'Kick | 19.07.2022

Une Transpyrennéenne à l'arrache

Cinq motos, cinq motards, cinq jours de virolos et autant d'approches différentes

Le feuilleton de l'été à suivre chaque semaine sur le Repaire

Cinq motos, cinq motards, cinq jours de virolos et autant d'approches différentes d'une même destination : les Pyrennées. Nos motos n'ont rien à voir, nous ne conduisons pas pareil et pourtant... 
Pourtant la route nous rapproche, une fois de plus. Une fois de plus nous vérifions l'adage : qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Transp10
Une Transpyrennéenne à l'arrache

Tu sais comment c'est : un soir, quelqu'un lance une idée de voyage. Un autre la reprend au vol et la met à sa sauce. Trois mois plus tard, te voilà te demander pourquoi tu as dit 'oui', bougre d'imbécile, alors que tu relèves ta moto pour la huitième fois de la journée.

L'idée en question était : "et si on se faisait Nice-Innsbruck par les crêtes ?". Forcément, celui qui a proposé ça a le seul trail endurisant du groupe. Il se fait donc rembarrer direct.

Les palabres ont débouché sur une trans-pyrénéenne de cinq jours, avec descente des bécanes dans le bahut d'Éric pour s'épargner les 800 bornes jusqu'à Bayonne.

Pour une fois, les suspects habituels n'iront pas : Fifi et Moune sont en Bretagne et Gérald prend ses vacances en septembre. Je me retrouve donc avec Ahmed, persuadé que sa Duke 690 est une routière, Pierre, très content de sa BMW R 80 RT "toute neuve" (seulement 104.000 bornes) et Éric avec sa Ténéré 700 préparée rallye-raid. Pas d'ER-5 pour moi cette fois-ci : je vais y aller avec Lapin-Lap1 car il n'est question nulle part d'autoroute.

Coup de chance : ces trois-là sont aussi campeurs (enfin... un campeur et deux fauchés, ce qui revient souvent au même), donc la question de l'hébergement est réglée.

Par prudence, j'ai prévu trois jours de vacances en plus des sept jours officiels de la Transpy'. On a réservé des emplacements dans des campings entre Hendaye et Collioure, mais nous sommes d'accord tous les quatre qu'il faut rester souples, surtout par les temps qu'on vit -des fois qu'Andorre déciderait soudain de revendiquer le trône de France et de faire sauter sa 82e para sur la Basilique Saint-Denis (on n'est plus à ça près).

En tous cas, l'Iveco "long" d'Éric est une aubaine : on va arriver sur place tout frais, l'équipement et les bécanes sanglées à l'arrière. On s'interroge très sérieusement si le fait d'embarquer une caisse à outils va nous sauver la vie ou nous porter la poisse. On n'est pas superstitieux, non, parce que ça porte malheur, mais quand même... on s'interroge.

Je n'ai pas trop envie de faire la route en camion et ça tombe bien : il n'y a que trois places à l'avant, donc le volontaire pour prendre le train est tout trouvé.

Mais l'Iveco impose une contrainte : partir du point A pour revenir au point A. On ne fera pas Bayonne-Dijon par les montagnes. Nous n'allons pas laisser Éric se débrouiller avec son bahut pendant que nous rentrons à la maison en bécane.

Voilà un fait presque unique dans les annales : aucune des motos impliquées ne gît avec le vilebrequin à l'air sur un des bancs du Bouclard la veille du départ. L'Iveco est chargé sans incident ; il y a de l'air dans les pneus, de l'huile dans les carters et de l'essence dans les réservoirs ; pas de sentiment lancinant d'avoir oublié un truc ; pas de catastrophe de dernière minute.

C'est la première fois que je démarre un trip à moto en baskets, avec juste un filet de courses contenant deux litres d'eau et un sandouiche mayo-Brillat-Savarin. Le train ? C'est toujours cette mise en pratique du zen dans le déplacement sans mouvement ; Gautama aurait kiffé veugra, comme on disait dans l'temps.

Coquin de sort : me voilà à Larressore, un village où je fus en vacances quand j'avais environ cinq ans. Tu te doutes que je ne m'en rappelle rien. Sur place, nous sommes logés chez l'oncle d'Éric, collectionneur de populaires rigolotes : une Spitfire Mk 2 bleu layette, une Renault Rodéo jaune moutarde dont il répare le train avant, une Dahiatsu Mira turbo avec encore ses plaques japonaises et une Simca 1000 Rallye "qui n'en a jamais fait", assure-t-il. Autant dire que la Ténéré, la Duke et Lapin-Lap1 font un bide auprès du Tonton, à l'inverse de la Béhème, accueillie avec enthousiasme.

Comme la maison est plus petite que le garage, nous plantons les tentes dans le jardin. Bonne nouvelle après la première nuit : il n'y a pas de ronfleur parmi nous.

L'avantage de la montagne, c'est qu'il y a des virages partout. Donc la navigation peut se faire au pifomètre jusqu'à la mi-journée. Nous voulons cependant éviter de passer en Espagne, parce qu'aucun de nous ne parle le Français de là-bas.

Demain (enfin... la semaine prochaine pour toi), on attaque les virolos avec du sérieux : devant, il y aura un gromono qui a du mal à reposer la roue avant entre deux épingles tant il joueur. Ahmed se souviendra-t-il qu'il a de loin la plus légère, la plus maniable, la plus précise et la meilleure freineuse du groupe ?

L'aventure commence vraiment maintenant...

Suite la semaine prochaine.

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Message  fiblan Mer 20 Juil 2022 - 8:22

Je parie toujours pour Lolo Cochet, pour son style d'écriture mais aussi parce que plus tout jeune (environ 55 ans, d'où peut-être l'idee de la chronique sur le choix de la dernière moto) mais toujours aussi jeune... et joueur (allez voir son contour de France sur YouTube...)

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Message  g2loq Mer 20 Juil 2022 - 9:00

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Salut Christian,

à la lecture de quelques unes de ses Kroniks ( Les kroniks de KPOK ) je ne pense pas.

C'est un gars qui a un boulot fixe (dans un grand entrepôt) et qui écrit des piges pour certaines publications de temps à autre depuis presque une 20taine d'année. Il n'a pas une carrière de consultant ou d'expert moto dans les médias et n'évolue pas dans le mondes des courses et pilotes motos. 

Bonne journée, au frais  sunny  

Lolo Cochet dans ses oeuvres d'essayeur moto:
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Message  fiblan Ven 22 Juil 2022 - 18:17

Cela restera donc une énigme !

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty Une Transpyrennéenne à l'arrache - Part II.

Message  g2loq Mar 26 Juil 2022 - 8:31

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 365723366
Suite de:
Une Transpyrennéenne à l'arrache - Part I.

Une Transpyrennéenne à l'arrache - La Katoche

Cinq motos, cinq motards, cinq jours de virolos et autant d'approches différentes

Le feuilleton de l'été à suivre chaque semaine sur le Repaire

Cinq motos, cinq motards, cinq jours de virolos et autant d'approches différentes d'une même destination : les Pyrennées. Nos motos n'ont rien à voir, nous ne conduisons pas pareil et pourtant... Pourtant la route nous rapproche, une fois de plus. Une fois de plus nous vérifions l'adage : qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Transp11
Une Transpyrennéenne à l'arrache : la Katoche (c) photo : Tobias Aeppli

Commençons par l'essence de la moto : le gromono. Un art créé par les Européens, poli par les Anglais et les Italiens, puis repris et perfectionné par les Japonais. Aujourd'hui, les gromonos sont plus rares, à l'image de la KTM 690 2018, dernier millésime avant le passage au bi.

Il n'a pas trop de bol, Ahmed. Marié à dix-huit ans à une fille qu'il n'avait pas choisie et qui en aimait un autre. Ça se faisait, à l'époque -peut-être que ça se fait encore aujourd'hui, je ne sais pas. Toujours est-il que ça fait vingt ans qu'elle lui fait une vie pas possible.

Pourtant, c'est un type en or : toujours aimable, jamais un mot plus haut que l'autre, le coeur sur la main. Une vraie crème. De temps en temps, il rouspète un peu, mais finit ses phrases par : "ah, c'est comme ça, c'est comme ça..." avec un petit geste de la main, comme s'il voulait chasser une mouche agaçante.

Je crois que sa seule joie, après ses deux filles, c'est sa KTM. Sa Katoche, c'est sa troisième fille, mais rien que pour lui.

Pour autant, il n'a aucun sens mécanique. Il sait la démarrer et mettre de l'essence quand il faut. C'est tout. Trip partiel ? Tension de chaîne ? Niveau d'huile ? Pression des pneus ? C'est du chinois pour lui. Ça le dépasse. Ahmed est peintre, pas mécano. Il arrive au Bouclard, l'air peiné : "j'ai un bruit bizarre". Et on remarque, consternés, sa chaîne complètement détendue qui claque contre le bras oscillant. On lui explique, mais c'est peine perdue : il n'y comprend rien. Lui, il veut juste que sa 690 roule. Le reste, il s'en fout. Une bonne âme lui arrange le coup et il repart, jusqu'au prochain "bruit bizarre" entre deux révisions.

Comme il n'a pas trop de sous, il a emprunté son matériel de camping à la famille. Le jour du départ, il est ainsi arrivé avec un vieux modèle de tente automatique Décatruc accrochée dans le dos par des sangles. Ce disque vert foncé lui donne un air de tortue ninja qui s'habillerait aux Puces. On s'est regardé, Éric, Pierre et moi, puis je suis retourné dare-dare à la maison lui prendre ma guitoune de secours.

Au moins, n'a-t-il pas lésiné sur le sac de couchage : de sa vie au bled, il sait que les nuits en montagne peuvent être très fraîches, même en juillet.

En guise de valise, Ahmed fait au plus économique : deux sacs à gravats de 100 litres en plastique épais et des sangles. C'est pas glamour, mais ça fonctionne tout pareil qu'une paire de valbondes à 200 balles.

Il a fait fabriquer par son beau-frère soudeur un gadget que je trouve ingénieux. Les cale-pieds passagers sont remplacés par deux anneaux métalliques de forte section de six centimètres de diamètre environ soudés entre eux en forme de 8, accompagnés d'une attache façon "double D" de casque. Il vient passer ses sangles dans les deux anneaux puis serre le tout avec le double D. Je n'ai jamais vu ça ailleurs et je trouve ça foutrement pratique.

D18 entre Saint-Jean-le-Vieux et Iraty. Ça commence peinard : une jolie départementale bien roulante avec la promesse des montagnes à droite. Et puis humpf ! Premier lacet à droite sans prévenir. La Katoche me met instantanément vingt mètres. J'avais des illusions sur la capacité du variateur à suivre le mono en montagne : raté. 35 kilos en trop, 40 chevaux en moins : je n'arriverai pas à suivre Ahmed. Tous mes espoirs reposent maintenant sur la R80 de Pierre. Sinon, ça sera moi la tortue.

Je savais que la Duke était une super bécane. Mais là, devant moi sur cette départementale tire-bouchon, il n'y a rien à dire. Pourtant, Ahmed est un motard lambda comme moi. Il reste droit sur sa machine, qu'il conduit comme un roadster allégé. Quand il m'a dit qu'il restait régulièrement sous les quatre litres au cent en roulant normalement, ça a achevé de m'intéresser.

A peine plus lourde qu'une grosse 125, confortable et assez basse de selle, avec une autonomie de 300 bornes sans forcer, il n'y a que son côté on/off qui peut rebuter en ville, les chiffres du compteur trop petits pour mes yeux et le côté bricole dès qu'on veut emporter quelque chose qui me retient.

Les gromonos, c'est aujourd'hui encore plus qu'hier des motos pour faire le zazou sans (trop) risquer de se faire foudroyer son permis. J'adore.

Demain (la semaine prochaine, pour toi), c'est Eric qui roule devant. Il a prévu une très longue journée avec toutefois un itinéraire bis à partir du milieu si on en a trop marre. Pierre et moi ne faisons pas trop les fiers : il a la plus lourde, j'ai la moins puissante ; faudrait pas que les deux autres s'imaginent en répétition pour le Tourist Trophy sinon ça va mal finir !

Suite la semaine prochaine.

Plus d'infos sur les chroniques
Précédemment - lire : Une Transpyrennéenne à l'arrache : épisode 1

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty Une Transpyrennéenne à l'arrache - Part III.

Message  g2loq Mer 3 Aoû 2022 - 18:47

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 365723366

Suite de:
Une Transpyrennéenne à l'arrache - Part II

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick

Une Transpyrénéenne à l'arrache : la Ténéré

Cinq motos, cinq motards, cinq jours de virolos et autant d'approches différentes
Le feuilleton de l'été à suivre chaque semaine sur le Repaire

Cinq motos, cinq motards, cinq jours de virolos et autant d'approches différentes d'une même destination : les Pyrénées. Nos motos n'ont rien à voir, nous ne conduisons pas pareil et pourtant... Pourtant la route nous rapproche, une fois de plus. Une fois de plus nous vérifions l'adage : qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.

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Une Transpyrennéenne à l'arrache : la Ténéré (c) photo : Quang Nguyen Vinh

La Ténéré 700 nouvelle mouture est un retour en arrière bienvenu face aux gros trails qui ne tiennent sur terre que grâce à l'électronique. Plus légère, moins puissante, je l'imagine en V-Strom teigneuse ou en Transalp plus aérienne sur les pistes quitte à être moins bien sur route.

Je me suis pourtant fait avoir comme un bleu avec sa bécane. Je l'ai essayée sur un bout de parcours ; j'en suis descendu en déclarant :

- Vache ! C'est bizarre pour un mono : tout en haut, bof en bas. C'est normal ?

Éric a eu divers mouvements de sourcils, se demandant sans doute si je me moquais de lui :

- Heuh... C'est un twin. Le twin de la MT.

Moi :

- ...

Plom plom plom.

Je n'apprécie cependant pas le moteur qui me donne l'impression de tourner sans huile tant son bruit est sec. Je n'ai pas encore décidé si j'aime ou déteste le twin injecté : mon expérience me fait attraper l'embrayage aux environs de 2.500 tours. Évoluer à trente à l'heure en quatrième me fait redouter le pire pour l'embiellage -alors que ça passe. Enfin, le tableau de bord à vitre plate entraîne des reflets agaçants et les caractères (à part la vitesse) sont trop petits pour mes yeux en roulant. En bref, je n'ai pas l'usage de la Ténéré et sa transmission magique ; une Tracer m'irait mieux.

Éric et moi nous retrouvons cependant au chapitre camping. Je suis le seul de notre petit groupe à ne pas répondre "gné ?" quand il se demandait avant de partir s'il valait mieux qu'il emporte sa MSR ou sa Lanshan Pro. Nous sommes lui comme moi tentés par l'idéal de la bâche épaisse qui permet de s'abriter dans tous les cas de figure rencontrés pourvu que l'on connaisse quelques manières de la plier afin d'obtenir un simple auvent, un abri ou une tente fermée.

Nous sommes d'accord sur ce point jusqu'au moment où nous évoquons la Deuxième Plaie du campeur, juste après la pluie : les moustiques. Donc il prend la MSR. C'est du bon matos à pas mal cher, un peu à l'image de sa Ténéré qu'il aurait pu troquer contre une 660 XTZ sans renoncer à grand-chose vu son niveau en tout terrain. Souvent, l'aventure, c'est dans la tête.

Nous montrons à Ahmed et Pierre une manière plus confortable de camper : nous érigeons un auvent au-dessus de nos tentes respectives pour servir d'abside XXL. Éric a apporté deux sièges à poser à même le sol dont le dossier est relié à l'assise par deux sangles. Pour ceux qui comme moi ne peuvent pas s'asseoir en tailleur sans avoir mal aux jambes et aux fesses en moins d'une minute, le pliant est un pur bonheur.

Pour ma part, je fais confiance au siège bas à armature articulée de chez Décatruc. Faut pas faire le zazou dessus sous peine de basculer ou de péter les tubes, mais après sept heures de route c'est le Nirvana de pouvoir disposer d'un siège à dossier.

Pierre, fidèle à lui-même, a simplement démonté sa selle, posée au sol sur un bout de mousse pour ne pas abîmer les rebords du skaï. Lui peut parce qu'elle est plate et tient avec deux goupilles.

À moto, le poids importe moins que le volume. Donc j'ai emporté mon gros matelas plutôt que le tout fin tout léger que j'emploie à bicyclette. Éric m'a convaincu voici deux ans de prendre un vrai oreiller plutôt que de glisser sous ma tête un sac de linge. C'est fou comme on dort mieux ainsi : matelas épais et vrai oreiller.

Nous avons trop roulé, hier. À la fin, nous en avions tous marre des virages. Ce matin, c'est moi qui mène le groupe vers une nouvelle destination-mystère. Seulement deux heures trente de route et 120 bornes. J'ai décidé d'aller à Oô. Oui, ça existe, Oô. Le village n'a rien de particulier, coincé entre deux petits pics. Nous prenons la D76 en direction du lac d'Oô, parce que ça m'amuse après le camping Coulédous. Le lac d'Oô. Le lac d'eau. Non ? Toujours pas ?

Nous laissons les bécanes sur le parking de la dernière auberge avant le bout du monde. C'est parti pour une grosse heure de marche facile pour rejoindre le lac -toujours emporter une paire de chaussures confortables en plus des bottes. Nous croisons peu de monde et c'est tant mieux : je déteste les promeneurs bavards. Nous sortons de la forêt, franchissons le petit pont (sur l'Oô : hu hu) et atteignons le refuge, face au lac. Nous nous arrêtons.

- Ah ouais, fais Éric.

- Ah ouais, répond Pierre.

- Ouais... ouais... ouais... achève Ahmed en opinant du bonnet.

Vas-y, toi aussi et tu verras.

Demain (la semaine prochaine pour toi) c'est Pierre qui va nous emmener dans un endroit dont il ne nous a rien dit. Connaissant le phénomène, je m'attends à aller visiter un élevage de poulpes arboricoles avant de passer la nuit à flanc de falaise grâce à des cordes qu'on aurait tissées à la main, ou un truc dans le genre.

Plus d'infos sur les chroniques
Précédemment - lire : Une Transpyrenéenne à l'arrache : épisode 1
Précédemment - lire : Une Transpyrenéenne à l'arrache : épisode 2

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty Re: La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards

Message  Didou57 Mer 3 Aoû 2022 - 19:03

Perso je suis content de lire cette "aventure" car il n'y a pas de selfies, pas de photos, ça laisse toute la place à l'imaginaire et oblige à chercher de soi-même les routes et les lieux.

_________________
A bientôt !

"Aides toi, le ciel t'aidera"

"Qui veut aller loin ménage sa monture." .............. Roulez prudemment !

Le Père Noël a lu vos publications toute l'année. La plupart d'entre vous recevront un dictionnaire.

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty Une Transpyrennéenne à l'arrache - Part IV.

Message  g2loq Mer 3 Aoû 2022 - 19:05

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 365723366

Suite de:
Une Transpyrennéenne à l'arrache - Part III

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick | 02.08.2022

Une Transpyrénéenne à l'arrache : la BM

Cinq motos, cinq motards, cinq jours de virolos et autant d'approches différentes
Le feuilleton de l'été à suivre chaque semaine sur le Repaire

Cinq motos, cinq motards, cinq jours de virolos et autant d'approches différentes d'une même destination : les Pyrennées. 

Nos motos n'ont rien à voir, nous ne conduisons pas pareil et pourtant... 
Pourtant la route nous rapproche, une fois de plus. Une fois de plus nous vérifions l'adage : qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Transp13
Une Transpyrennéenne à l'arrache : la BM (c) photo : Xue Guangjian

BMW. La BMW. J'ai besoin de préciser laquelle ? Vraiment ? Le flat deux soupapes à air, c'est la pyramide de Khéops du deux roues. Un truc à voir, à essayer, malgré le temps qui passe et qui ne fait rien à l'affaire. Pourtant, certains ne jurent encore que par lui quand il s'agit de retrouver des sensations de conduites d'une autre époque tout en restant d'actualité sur route.

Pierre est né avec quarante ans de retard. Il est resté bloqué vers la fin des années 80, dix ans avant son premier anniversaire. Son rêve ? Travailler sur d'antiques systèmes bancaires en Cobol ; à la rigueur sur AS/400, mais rien de plus moderne.

Je ne te surprends pas, donc, en t'indiquant qu'après deux PX 125 il s'est offert sa première Béhème, une R45 en bien plus mauvais état que ne l'affirmait le précédent propriétaire. Quand il est arrivé au Bouclard, la mine déconfite, c'était trop tard pour sauver le couple conique arrière, bouffé par un jeu entre dents fait par un amateur mal outillé.

C'est donc rayonnant et enthousiaste qu'il a déboulé fin mai avec sa dernière acquisition : une R80 RT bleu foncé à coque arrière de Mystic, bidouillée de partout, certes, mais par un proprio sérieux et connaisseur. En m'approchant, je remarque une foule de petits détails qui trahissent la bécane de routard expérimenté : la deuxième barre d'étai entre les supports de sacoches et les goussets de renfort soudés ; des tampons anti-vibration entre le carnage et le réservoir ; deux prises 12V dans le vide-poche et ainsi de suite.

Avec "seulement" 4.000 kilomètres pour ceux qui savent lire les compteurs d'époque, elle est très propre et entretenue avec soin depuis sa sortie d'usine en 1995.

Le Bouclard étant le Bouclard, ça a chambré d'emblée avec cette pique que je trouve savoureuse : on couperait le cardan de sa R, on pourrait déterminer son millésime grâce à ses anneaux de croissance (comme pour les arbres). Hu hu.

Pierre est un personnage tout à fait fascinant : il confectionne la plupart de ses vêtements lui-même, à la machine à coudre ; il habite une caravane enfermée dans une cabane dont il a façonné et cuit à la main les 144 tuiles qui forment le toit. En ce moment, il apprend la cordonnerie parce qu'il a envie de se faire des bottes de moto sur mesure. Wow.

Après la boucle d'hier autour de Larressore pour se mettre en jambe, nous serpentons en direction d'Aulus-les-Bains où Éric a repéré un camping qui s'appelle Coulédous, ce qui nous a fait beaucoup rire. Par l'autoroute, il y en aurait eu pour trois heures. Nous en avons mis plus du double : en montagne, c'est déjà beau de tenir le 60 de moyenne.

Il est midi. Nous nous arrêtons dans une de ces infâmes villes à touristes dont les rues sont une succession de restaurants, de galeries "d'art" et de boutiques de fringues à très cher parce qu'il y a deux bouts de bois mort dans la vitrine. Vite ! Filons !

Dans le sinueux, la Béhème joue de ses pneus fins (120 à l'arrière) pour se balancer sans effort d'un angle à l'autre, d'autant plus que la RT a un guidon large. À l'inverse de la Duke, j'arrive aisément à suivre Pierre : il a plus de couple, mais sa boîte lente fait que je reste derrière lui sans forcer. En cravachant un peu, je pense que j'arriverais à passer devant et à y rester.

J'avais très envie d'essayer la R, pour retrouver les sensations du châssis au maniement si particulier, le moteur "à l'ancienne" aux vibrations caractéristiques, avec une poignée de gaz qui semble reliée directement à la roue arrière sans l'élasticité d'une transmission par chaîne et la chaleur du moteur qui remonte sous le casque dès que l'on s'arrête (un truc que les scooteristes ignorent). J'ai été fort gêné par les reflets parasites dans le grand pare-brise et les freins sont vraiment d'un autre âge, même comparés à ceux de Lapin-Lap1.

Je me dis que pour parfaire sa culture motarde, on devrait essayer un flat béhème, un twin Moto Guzzi, un petit deux soupapes Ducati et un 1200 Evolution. Ils font tous aux environs de 50 chevaux, mais les sensations sont tout à fait différentes.

La tente de Pierre est à l'image de sa moto : un modèle peu courant de tente-tunnel basse en coton huilé qui tient en place grâce à deux arceaux en demi-cercle et une longue faîtière tubulaire. Une fois roulée, elle forme un boudin épais et lourd qu'il vient poser en travers de la selle passager. Elle déborde largement sur les deux Krauser latérales. Seul avantage : c'est monté en quarante secondes et replié en une minute en laissant dedans matelas et sac de couchage si besoin.

Il est encore tôt dans la saison : le camping est à moitié vide. Nous avons béquillé les motos selon un grand carré et installé nos abris respectifs au milieu. Ahmed est surpris par la toile occultante de ma tente de prêt : même en plein soleil, il y fait très sombre ; en contrepartie, on n'y voit rien sans lampe de poche une fois la porte fermée et pour se réveiller le matin il ne faudra pas compter sur le soleil.

Nous pensions passer une soirée à bavarder, mais je suis cuit après 300 bornes de virages. En m'endormant, j'ai encore l'impression de tanguer d'une courbe à l'autre.

Demain (la semaine prochaine pour toi), on roule moins. C'est moi qui vais ouvrir la route et j'ai choisi de faire un peu de tourisme à pied, pour changer. Si ma proposition a été accueillie avec des moues dubitatives quand j'en ai parlé avant-hier, après la rude journée que nous venons de passer, j'ai l'impression d'avoir convaincu tout le monde.

Plus d'infos sur les chroniques
Précédemment - lire : Une Transpyrénéenne à l'arrache : épisode 1
Précédemment - lire : Une Transpyrénéenne à l'arrache : la Katoche, épisode 2
Précédemment - lire : Une Transpyrénéenne à l'arrache : la Ténéré, épisode 3

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty Une Transpyrennéenne à l'arrache - Part V.

Message  g2loq Mar 16 Aoû 2022 - 8:07

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 365723366

Suite de:
Une Transpyrennéenne à l'arrache - Part IV.

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par Koud'Pied o'Kick | 16.08.2022 à 07:30

Une Transpyrénéenne à l'arrache : la Voge

Cinq motos, cinq motards, cinq jours de virolos et autant d'approches différentes
Le feuilleton de l'été à suivre chaque semaine sur le Repaire

Cinq motos, cinq motards, cinq jours de virolos et autant d'approches différentes d'une même destination : les Pyrennées. 

Nos motos n'ont rien à voir, nous ne conduisons pas pareil et pourtant... 
Pourtant la route nous rapproche, une fois de plus. Une fois de plus nous vérifions l'adage : qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.

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Une Transpyrénéenne à l'arrache : la Voge (c) photo : Jeremy Bishop

As-tu remarqué comme de nouvelles marques de motos fleurissent depuis une grosse dizaine d'années ?
Progressivement, nous sommes passés de 125 à moteurs clonés dont le seul point fort était le prix de vente à de très sérieuses concurrentes pour des marques établies. Combien de temps faut-il pour faire une réputation ou pour sortir de sa niche, à la KTM ? Quinze ans ?

Andréa est venue se greffer à notre groupe... à l'arrache, comme la Transpy'. C'est la fille aînée de l'oncle d'Éric. La vingtaine à peine entamée, elle est toute en longueur et pas bien épaisse. Mais, c'est une fonceuse doublée d'une tête de mule : pompier volontaire, secouriste en montagne bénévole, elle voudrait passer son brevet d'hélico et faire un tour du monde à la voile. Pierre et elle se sont tout de suite entendus à merveille. À cent à l'heure toute la journée, j'ai du mal à suivre.

Aujourd'hui, c'est Pierre qui nous emmène jusqu'à sa destination-mystère. 
Je pensais initialement à un coup de montgolfière ou de planeur, vu comme il s'inquiétait de la météo. Je me trompais du tout au tout.

Nous faisons un crochet par la banlieue de Tarbes récupérer Andréa. Nous n'avons même pas à couper les moteurs : elle est au rendez-vous. Nous faisons demi-tour en direction de l'est et raccrochons la D618 après Ore. Un joli petit bout de route, même si nous traversons un paquet de villages. J'ai pris la roue de la Béhème, suivi d'Ahmed. Éric ferme la marche derrière la CB 500 X d'Andréa.

Pierre hésite. C'est drôle comme on arrive à lire l'indécision à la manière de conduire. Puis il hoche la tête et prend à droite sur une départementale étroite. Au bout de trois kilomètres, il fait signe de ralentir à l'approche d'un groupe de bâtiments blancs. Parking. Quelques voitures. Nous nous garons.

C'est là que je me suis aperçu de mon erreur : Andréa ne roule pas sur une CB, mais sur une... Voge ? C'est la première fois que j'en vois une en vrai. 
De loin, ça ressemble fichtrement à une CB X avec des barres de moto-école. Je suis sauvé par Éric qui pose la question qui me vient naturellement :

- Mais pourquoi as-tu pris ça plutôt qu'une CB ?

À voir la tête d'Andréa, ce n'est pas la première fois qu'on l'interroge ainsi :

- Parce qu'elle était plus de mille euros moins cher, répond-elle un brin agacée.

Je la comprends : moi aussi, ça me gonfle qu'on me demande pourquoi je me suis trompé de moto; surtout quand ça vient de personnes qui n'ont jamais roulé avec.

Elle tapote sa selle :

- Et puis d'origine, elle tire plus court que la Honda. Avec les routes qu'on a ici, c'est top.

Sa réponse me fait sourire : c'est bien la fille de son père, à regarder aussi la démul' finale pour faire son choix.

Son gros top-case est bienvenu : Éric et Ahmed y rangent leur casque. Pierre nous enjoint de garder nos blousons.

Nous nous livrons à l'un des passe-temps du vacancier : faire la queue devant une caisse. En déchiffrant les écriteaux, je fronce un peu le nez : Rivière souterraine de Labouiche.

Nous nous engageons sur un long sentier qui file en contrebas de la route. Des marches. Nous arrivons à un embarcadère sous terre. Les barques sont de métal mat. Pas de rames, pas de moteur : c'est notre guide qui tire à force des bras sur une eau sombre qui ne m'inspire pas confiance.

Andréa est ravie de nous faire découvrir la rivière : c'est elle qui a suggéré l'idée à Pierre. Elle me souffle, à la dérobade, que cela reste un "truc pour touristes" : pas de passage de siphon à la bouteille, pas de ligne de vie à bichonner, pas même un casque à porter. Parce que bien sûr elle a déjà fait de la "vraie" spéléo.

J'écoute d'une oreille distraite ce qu'explique notre guide, dont les différentes étapes de l'exploration puis de l'aménagement de la grotte. L'eau est glacée. Je suis sûr qu'il y a des bestioles infâmes et gluantes qui y rôdent. Les grottes, je supporte, mais ce n'est pas mon délire.

Ouf ! Nous revoici dehors. Il fait chaud. Je respire. Nous remontons au parking. Pas gêné, Éric saute sur la 500 DS et commence à tripoter les commandes. Andréa laisse faire. Je la soupçonne d'avoir envie de faire un tour de Ténéré.

- Tu as les clefs ? demande Éric.

Andréa s'approche, mais tend l'autre main d'un geste explicite. Éric hésite un pouième de seconde -ou est-ce mon imagination ? Toute contente, elle trottine jusqu'à la Yam' et lance la jambe par-dessus la selle. Avec les bagages, elle s'y prend à deux fois pour redresser la bécane de la latérale. Elle démarre le moteur et vient se coller à la Béhème, prête à partir. Ahmed me fait signe qu'il va fermer la marche.

À Saint-Girons, où nous nous arrêtons pour ravitailler, je rigole en entendant ces deux-là résumer leur expérience :

- Ça pousse, s'écrie Andréa, visiblement ravie.

- Ça vibre, fait Éric, un peu dépité.

- Oui, j'ai lu que c'était les pare-carters. Il faut les virer et après ça va mieux, lui explique la propriétaire.

Éric lui tend ses clefs. Là, sans erreur, c'est Andréa qui a un temps d'hésitation.

- Je te la repasse demain, assure-t-il néanmoins.

Demain, donc (la semaine prochaine pour toi), c'est Andréa qui va nous proposer son propre itinéraire. Elle a son permis depuis peu, pourtant je la soupçonne de très bien connaître le coin, donc je m'attends à finir de râper le peu de bandes de peur qui subsiste sur les pneus de Lapin-Lap1, la meilleure moto au monde pour partir en camping.

Plus d'infos sur les chroniques
Précédemment - lire : Une Transpyrénéenne à l'arrache : épisode 1
Précédemment - lire : Une Transpyrénéenne à l'arrache : la Katoche, épisode 2
Précédemment - lire : Une Transpyrénéenne à l'arrache : la Ténéré, épisode 3
Précédemment - lire : Une Transpyrénéenne à l'arrache : la Ténéré, épisode 4

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty Une Transpyrennéenne à l'arrache - Part VI.

Message  g2loq Mar 23 Aoû 2022 - 11:27

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Suite de: Une Transpyrennéenne à l'arrache - Part V.

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick | 23.08.2022

Une Transpyrénéenne à l'arrache : le scoot' quand tout va bien

Cinq motos, cinq motards, cinq jours de virolos et autant d'approches différentes
Le feuilleton de l'été à suivre chaque semaine sur le Repaire

Cinq motos, cinq motards, cinq jours de virolos et autant d'approches différentes d'une même destination : les Pyrennées. 

Nos motos n'ont rien à voir, nous ne conduisons pas pareil et pourtant... 
Pourtant la route nous rapproche, une fois de plus. Une fois de plus nous vérifions l'adage : qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Transp15
Une Transpyrénéenne à l'arrache : le scooter quand tout va bien (c) photo : Bhupendra Singh

J'ai mis du temps à me rendre compte que la transmission automatique, c'est le pied. Pas de chaîne à graisser, pas d'embrayoire à doser, toujours sur le bon rapport, impossible de louper la deux ou d'envoyer le moteur au rupteur, impec' en ville, pas ridicule sur route...
Quand j'ajoute à ça les roues de 16 pouces et le plancher plat, je tiens la bécane ultime pour partir camper.

Je me suis offert au printemps un hamac "pont", comme disent les Anglo-saxons. Il pèse un peu lourd pour de la rando à pied (3,2 kilos pour l'ensemble hamac-matelas-moustiquaire-bâche), mais passe nickel à moto. 
L'intérêt ? Dormir comme dans un vrai lit, à plat, sur le côté ou sur le ventre.

Tout mon couchage tient sanglé sur le plancher du scooter, entre les jambes. Il me reste le coffre et le top-case pour loger le reste. Rien ne dépasse, à l'inverse du paquetage des autres.

Tous ces avantages ne m'ont cependant été d'aucune utilité cette après-midi-là.

Andréa vient nous retrouver à notre camping à neuf heures. Avant de nous mettre en route, elle s'est agenouillée pour regarder les gardes au sol de la Béhème et de la Lapin-Lap1, puis s'est relevée avec une petite moue :

- Ouaiiis... ça va aller.

Pierre et moi nous sommes regardés, vaguement inquiets. Elle va nous faire passer par où ?

Nous roulons un court moment vers l'ouest, puis prenons plein sud, vers les montagnes. Devant moi, Andréa conduit façon "stage de conduite sur route" : elle couche la moto, mais reste elle-même très droite pour voir loin en virage ; tout l'inverse du circuit, donc. Je la suis sans peine : nous avons bien gagné en fluidité sur ces trois jours. Sauf que...

- On va passer par là ? Sûr ?

Je considère d'un oeil très dubitatif la grimpette caillouteuse d'une quarantaine de mètres où elle nous a arrêtés. Pierre a béquillé et fait quelques pas sur le sentier, tâtant le sol du bout du pied. Lui non plus n'a pas l'air emballé.

- Si, si, ça passe. Juste après le virage, là, ça devient un chemin tout roulant, tout lisse, nous assure Andréa.

- Bah... Si ça t'arrête, je le monte, moi, ton scoot : ça ne m'inquiète pas du tout, m'assure Éric.

Il passe en premier. Avec des pneus mixtes, sa Ténéré avale la grimpette comme de rien. Au bout de quelques instants, il revient à pied nous faire signe du bras que ça passe. Ahmed s'engage à son tour. Il patine un peu de l'arrière, mais avale la pente sans peine.

Allez ! Ya bien des types qui font de l'enduro en Gex'...

Je m'engage doucement, en essayant de garder un régime moteur constant. Je dois rouler assis, forcément, donc j'ai sorti les pieds direct. Ça gigote de l'arrière. Je me concentre sur le train avant, en tâchant de ne pas me crisper sur le guidon. Je récupère du pied une petite embardée et poursuis l'ascension.

Ouf ! Après une dernière ornière transversale, je m'arrête sur un chemin effectivement très lisse. Je béquille et vais pour faire signe à Pierre que c'est faisable, mais il est déjà à mi-pente et avance tranquillement, debout sur les cale-pieds. Andréa le suit à quelques mètres. Nous nous regroupons.

- Allez ! On va là-haut, déclare la locale de l'étape en pointant du doigt la falaise qui domine, au loin.

Bon... ben... Allons-y, puisqu'il semble que j'ai un scooter de trial.

À vingt-cinq à l'heure, je roule même si je me traîne. Éric, loin devant, fait des allers-retours pour profiter de sa machine. Nous nous arrêtons plusieurs fois en route. Nous avons tous lâché les blousons : il fait trop chaud.

Il est un peu plus de midi quand nous débouchons sur le plateau. Le paysage est splendide malgré la brume de chaleur. Nous béquillons à l'aide de pierres plates et sortons nos sandouiches...

... que nous rangeons presque aussi vite.

- C'est pas l'orage, qu'on entend ? demande Ahmed.

Andréa se retourne vers le sommet derrière nous. Elle fronce les sourcils.

- Hmmmm... ouais, ça se gâte.

Elle jette un oeil à Lapin-Lap1 et plisse les yeux.

- Je pense qu'on doit redescendre. Il ne faudrait pas qu'on se fasse coincer par une grosse averse.

- Je suis d'accord : il ne s'appelle pas Lapin-Alp1, fais-je.

Nous remontons en selle et faisons demi-tour.

Mais c'est peine perdue : le ciel s'assombrit très vite et des bourrasques nous agitent. Nous sommes à mi-chemin quand les premières grosses gouttes tombent ; des éclairs dans la plaine ; un gros rideau de pluie approche.

On va s'en prendre une bonne sur le groin.

Tout de suite (mais la semaine prochaine pour toi), je vais découvrir, à ma grande surprise, que le scooter n'est peut-être pas le véhicule ultime pour rouler dans la gadoue en montagne. Mais la Ténéré non plus, étrangement.

Plus d'infos sur les chroniques
Précédemment - lire : Une Transpyrénéenne à l'arrache : épisode 1
Précédemment - lire : Une Transpyrénéenne à l'arrache : la Katoche, épisode 2
Précédemment - lire : Une Transpyrénéenne à l'arrache : la Ténéré, épisode 3
Précédemment - lire : Une Transpyrénéenne à l'arrache : la Ténéré, épisode 4
Précédemment - lire : Une Transpyrénéenne à l'arrache : la Voge

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty Une Transpyrennéenne à l'arrache - Part VII.

Message  g2loq Mar 30 Aoû 2022 - 21:50

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Suite de: Une Transpyrennéenne à l'arrache - Part VI

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick | 30.08.2022

Une Transpyrénéenne à l'arrache : le scoot quand tout va mal

Cinq motos, cinq motards, cinq jours de virolos et autant d'approches différentes
Le feuilleton de l'été à suivre chaque semaine sur le Repaire

Cinq motos, cinq motards, cinq jours de virolos et autant d'approches différentes d'une même destination : les Pyrénées.

Mais, à vouloir tout faire avec n'importe quoi, nous voici à affronter un gros orage sur des pistes de montagne où nos lourdes motos en pneus de route et notamment mon scooter, sont bien à la ramasse.

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Transp16
Une Transpyrénéenne à l'arrache : le scoot quand tout va mal (c) photo : Pepe Caspers

Nous nous sommes arrêtés deux minutes pour enfiler nos vêtements de pluie.

- Je ne pense pas qu'il y ait de réel danger : nous ne sommes pas très haut en altitude et je n'ai jamais entendu parler de torrents de boue ou de trucs comme ça dans le coin. Je le sais : c'est mon secteur de patrouille, nous rassure Andréa.

N'empêche. Éric se colle la première de la série : sur une plaque de pierre lisse et mouillée, en dévers, la Ténéré part de l'arrière et se vraque dans un grand raclement de ferraille et de plastique. Ahmed, qui roulait juste derrière lui, se fait surprendre et n'arrête la KTM qu'in extremis, à deux doigts d'emboutir la Yam'. Déséquilibré, il couche sa moto à son tour, mais parvient à ralentir assez la chute pour la poser sur ses sacs latéraux sans dommage.

Nous aidons Éric à remettre la Yam sur ses roues. Pare-mains râpé, sélecteur un peu tordu : il s'en tire bien. La Katoche n'a rien. Nous repartons. Je m'interroge un instant : peut-être est-ce parce qu'il pensait qu'il avait la plus adaptée à l'exercice qu'Éric y est allé trop fort ? Toujours est-il que les deux trails roulent plus prudemment qu'avant.

Il pleut tout à fait, maintenant. Sans frein moteur, je suis obligé de tout faire au disque arrière, heureusement puissant et dosable.

Je couche le scooter une première fois sans dommages dans l'herbe, après avoir dérapé sur un bout de bois. Trente mètres plus loin, rebelote : je tape la béquille centrale contre une grosse pierre que je n'ai pas pu éviter, ce qui me fait basculer vers une plaque d'herbe mouillée où je perds toute adhérence et refais tomber le scooter. 
J'en ai marre. Je râle. Cela fait une heure que je roule sur des œufs, à me demander à chaque instant si c'est l'avant qui va m'échapper ou l'arrière qui va m'entraîner.

- On s'arrête et on laisse passer la pluie ? suggère Pierre.

On se regarde. Il tombe des grêlons, maintenant.

- On tend deux toiles entre les bécanes, comme ça on sera un peu à l'abri ? propose Éric.

Andréa fait oui de la tête.

Éric et moi nous mettons au travail. En cinq minutes nous fixons deux bâches entre trois motos. Nous nous serrons sous ces abris de fortune. Il ne reste plus qu'à patienter. Nous ressortons les sandouiches : ça fait passer le temps. Des rigoles d'eau se forment entre nos bottes.

Attendre que la pluie cesse : une activité vieille comme le monde. J'imagine toujours l'australopithèque au seuil de sa caverne qui renifle l'air et se demande quand ça va finir.

Nous approchons de quatorze heures. Nous avons encore sept bonnes heures de jour devant nous, toutefois il ne faudrait pas que la pluie dure trop longtemps, puisqu'il faudrait que la piste sèche aussi un peu.

Un gros coup de vent fait durement claquer notre abri, dont la toile nous éclabousse. Cela fait une heure que nous sommes là, à attendre.

- Sinon, on répartit le gros de ton matos sur la mienne, celle d'Andréa et un peu sur celle d'Ahmed comme ça, ça te fait moins de poids, me suggère Éric.

- Quinze kilos de moins et le plancher à nouveau libre ? Mouais. Faut voir si c'est plus facile comme ça, dis-je.

- J'ai une araignée dans le top-case, donc je peux tout prendre sur la selle passager, indique Andréa.

- Moi, je ne peux plus rien caser, par contre, dit Ahmed.

- Si dans une demi-heure ça ne s'est pas calmé, on décharge ton scoot et on voit ce que ça donne, ok ? propose Éric.

Je fais un peu la tête : je n'aime pas être le boulet du groupe. Mais il faudra bien redescendre un jour pour retrouver le bitume, non ?

Comme si le ciel nous avait entendu, la pluie se calme vers ce moment-là. Au bout d'un quart d'heure, il n'y a plus que le tip-tip-tap des gouttes sur les feuilles des arbres. Nous émergeons de sous les toiles. J'ai mal aux fesses et je sens mon épaule gauche : j'ai tiré dessus pour amortir la chute du scooter, tout à l'heure.

Mon hamac est sanglé sur la Ténéré et le contenu de mon top-case fixé sur la selle de la Voge. Sans le ballant du top-case, le scooter est plus facile à emmener. Nous repartons timidement après avoir enfilé des casques et des gants humides : beurk.

J'essaye de rouler collé au guidon, au bout de la selle, en chargeant l'avant le plus possible pour compenser le poids naturellement sur l'arrière, un pied sur le plancher et l'autre sorti. De gros paquets de gadoue frottent dans le garde-boue avant.

Dernière épreuve : la grimpette du début. Je décide de couper le moteur et le contact pour désactiver l'ABS afin de tout faire roue arrière bloquée, dans les rigoles laissées par la pluie pour éviter la boue. C'est moche, je patauge, mais ça passe. Pierre fait de même quelques instants plus tard : roue arrière bloquée, il descend en pédalant.

Ouf ! Trois fois ouf ! Le bitume !

Plus JAMAIS je ne pose mes pneus dans de la gadoue. Le BI-TUME ! Ya qu'ça de vrai.

Je récupère mon barda.

- Bon ben... désolée, fait Andréa, la mine basse.

Je rigole :

- Mais non. L'aventure, c'est faire des trucs avec des bécanes pas du tout prévues pour ça. T'imagines pas comment je vais soûler tout le monde avec mes aventures héroïques de trial en scooter une fois rentré à la maison.

- C'était rigolo, ajoute Pierre en vérifiant que son paquetage n'a pas trop bougé. Et puis il n'y avait pas vraiment de danger. On en a juste un peu bavé, c'est tout, résume-t-il.

- P*tain... Je vais me faire ch... à nettoyer tout ça, moi, soupire Éric en regardant son moteur crotté jusqu'au couvre-culasse.

- Je rêve d'une douche et d'une nuit au sec, murmure Ahmed.

- On passe chez moi ? Vous pourrez squatter dans le salon cette nuit plutôt que d'aller au camping, suggère Andréa.

-Roule ! dis-je en pointant la route du doigt.

Nous remontons en selle. La chaussée fume sous les premiers rayons du soleil revenu. Ah ! Le bonheur de faire vingt mètres d'affilée sans serrer les fesses, sûr que l'avant tient et que l'arrière suit ! Les emmerdes font les petits plaisirs de l'aventure, dans le fond.

Le lendemain, après une nuit de camping dans le salon d'Andréa (Ahmed ronfle, finalement), nous prenons la route de Larressore pour récupérer le camion d'Éric, y charger nos machines bien crades et nos sacs de fringues sales qui sentent la chaussette. Eux rentrent par la route ; je préfère toujours le train : j'ai des trucs à t'écrire.

T'écrire : qu'importe le flacon, une fois de plus ; qu'on s'en fout si t'as un 50 ; qu'en Monkey aussi on peut faire le tour du Monde ; qu'il n'y a pas besoin de super matos tant que tu veilles à ne pas avoir froid la nuit ; que dans le Lot, le Jura, les Ardennes, dans les Causses, au pied des montagnes, partout où ça tournicote, ça vaut le coup d'aller poser tes roues. Seul ? Oui, bien sûr. Mais à plusieurs on découvre plus de trucs. Et on vit des aventures inattendues à raconter une fois rentré.

Je t'ai raconté la fois où on a fait une Transpyrénéenne à l'arrache avec cinq motos pendant cinq jours ?

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Précédemment - lire : Une Transpyrénéenne à l'arrache : la Voge, épisode 5

Précédemment - lire : Une Transpyrénéenne à l'arrache : le scoot' épisode 6

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty "Ils" sont de retour

Message  g2loq Mar 6 Sep 2022 - 9:15

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 365723366

"Ils" sont de retour

Pendant une vingtaine de jours bénis, j'ai pu me garer sans chercher

Déjà. Nous avons eu trois semaines plus calmes, mais c'est fini : "ils" sont de retour. Comme j'aime quand les rues sont vides.

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Ils-so10
Ils sont de retour (c) photo : Michaël Meyer

Pendant une vingtaine de jours bénis, j'ai pu me garer sans chercher. A chaque fois, j'avais ma place préférée, celle où je n'ai pas à manoeuvrer à pied pour loger la bécane entre les poteaux : je rentre tout droit, sors la béquille et hop ! C'est plié.

Puis le type à la Tracer 900 qui ne répond jamais quand je lui fais coucou est rentré. Puis la gamine avec son Vespa 50 qui abandonne son casque sur le plancher, accroché à même l'antivol. Puis la Tiger 1200 -tiens, ya un cardan, là-dessus ? J'avais jamais fait gaffe.

Pendant trois semaines, il n'y avait plus la queue nulle part, sinon dans les coins à touristes où je ne vais jamais. Il n'y avait pas un chat aux caisses du Monop', pas d'attroupement au rayon bédé à la librairie et personne à la boulangerie quand j'estime que j'ai mérité un pain au chocolat -comme quand je sors trois Kroniks d'un coup pour permettre à David de partir dans une île paradisiaque essayer une moto de rêve (dur métier, tout de même).

La sourde rumeur des rues commence plus tôt le matin et ne se calme que tard dans la nuit. Les neuneus en T-Max vrombissent de nouveau sur le boulevard -ils ne m'avaient pas manqué ; le jour où l'usine Akrapopouët disparaît, avalée par un Kaï-Ju jailli des enfers, je vais probablement en faire pipi de joie.

Le samedi, il ne sera plus possible de prendre un café peinard sur le pas de la porte de mon concessionnaire chéri : nous serons à nouveau dérangés par les fâcheux qui veulent juste qu'on leur dise "oui, vous avez raison".

Quand je roulais en ville, c'était presque comme un dimanche matin : personne au feu, pas de camionnettes de livraison garées en vrac, pas de relou pressé dans sa blaireaumobile qui fait "blouk-blouk" du pot d'échappement. J'avais les avenues presque pour moi tout seul.

Petite consolation : pendant deux trop courtes semaines, j'aurai droit au coucher de soleil en sortant du boulot, quand je grimpe la colline et émerge au-dessus des toits de banlieue. Parfois je m'arrête et coupe le moteur pour prendre de l'or rose plein les yeux.

Puis ce sera déjà l'équinoxe, la lente descente vers la nuit, le stupide changement d'heure qui me fout un coup au moral à chaque fois, comme il annonce les matins de pluie froide, décembre-février, les gants mouillés et les courants d'air glacés dans le cou.

"Ils" sont de retour. En deux lundis c'est reparti comme avant. Les caisses dans tous les sens, les paumés et les pressés, les mômes et les vieux qui traversent n'importe où, les trottinettes et les livreurs de bouffe à contre-sens, les engueulades au carrefour parce que ça n'avance pas...

Comme je vais regretter la petite vingtaine de jours où il est agréable de rouler en ville.

Pour mon pote Didier, qui crèche pas loin du lac des Settons, c'est l'inverse : "ils" vont enfin repartir. Il n'y aura plus d'embouteillages à l'entrée du village, plus une queue interminable à la supérette, plus de camping-cars qui se traînent, plus de mômes qui roulent en scoot' en maillot de bain, plus de types garés comme des cochons en ville, plus de fiestas jusqu'à pas d'heure, plus de viande saoule qui beugle. Lui attend avec impatience qu'ils repartent ; moi je redoute le moment où ils reviennent.

Mais... J'y pense... Et si je faisais l'inverse ? Plutôt que d'attendre avec impatience la petite vingtaine de jours de calme où je peux rouler peinard en ville, peut-être devrais-je filer à la cambrousse où le capharnaüm se limite à six semaines, l'été ?

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty L'inatteignable route

Message  g2loq Mar 13 Sep 2022 - 9:45

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick | 13.09.2022

L'inatteignable route

A la recherche de la route cachée

Que découvrirais-je au bout de la piste ?

Parfois, je me surprends à chercher une route; que je ne trouve jamais. Comme si je roulais en quête d'un souvenir que j'ai peut-être imaginé. Que découvrirais-je au bout de la piste ?

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Inatte10
Kronik : l'inatteignable route (c) photo : The Lazy Artist Gallery

As-tu remarqué comme les routes s'emboîtent les unes dans les autres ?
Une route ouvre sur une route qui débouche sur une autre, indéfiniment. Rares sont celles achevées par un sentier qui meurt dans les herbes ou le sable.

C'est un rêve que j'ai fait parfois, dont je me souviens des détails : je somnole, assis dans le métro parisien, à regarder défiler le sombre tunnel. Soudain, pendant une fraction de seconde, nous passons devant l'ouverture d'une énorme caverne brillamment éclairée où j'aperçois une foule de choses indistinctes, comme l'envers du décor où s'affairent les machinistes du théâtre de la vie. Je sursaute, écarquille les yeux, mais tout a disparu.

Quand je roule longtemps à moto, un peu fatigué, j'entrevois du coin de l'œil des routes qui n'existent pas. Brusquement sorti de ma torpeur par cette vision, je scrute en vain dans les rétros : non, il n'y a pas d'embranchement derrière moi. Peut-être que les machinistes se sont aperçus de leur erreur et ont tiré à la hâte le rideau pour masquer cette bifurcation qui ne devrait pas être.

J'ai cette routine qui tourne dans la tête, malgré moi, en tâche de fond: la recherche de la route cachée.
Je ne sais pas d'où cela vient ; peut-être de quand j'étais tout enfant, lorsque les voyages constituaient un fabuleux mystère: un moment j'étais à un endroit, puis à un autre j'étais ailleurs, sans savoir comment.

Peut-être qu'un jour, profitant de l'inattention des machinistes, vais-je pouvoir m'engager sur ce tracé inatteignable, sans existence sur les cartes.

Je la vois comme la somme de toutes les routes, rassemblées sur un tronçon court, mais sans achèvement. Ce serait une Interstate, droit vers l'horizon, qui serpente entre les bas murets de pierre d'Irlande, dans une steppe d'Asie le long d'une plage du Pacifique sur les contreforts des Alpes, quelque part du côté du Cap Horn; le bitume, tout lisse, mais caillouteux, serait très noir, neuf, gris et usé comme en montagne, rouge latérite et blanc Macadam, avec de grandes flaques de boue, de l'herbe au centre et des vibreurs bleus et jaunes en guise de bordure, tondus à ras par les moutons; le ciel d'orage, sans un nuage, aurait ce bleu profond des couchers de soleil à l'aube, quand il se met à neiger sous la pluie.

À ce moment-là, je sais que j'aurai le sentiment de rentrer à la maison, que la route est sur le point de s'achever, que je vais béquiller, couper le moteur et dans le silence revenu enfin déposer le trop lourd sac à dos qui me pèse.

Je me dirai: c'est là. Je suis arrivé.

Dans un grand frisson, je comprendrai tout ce qui m'échappe depuis si longtemps, tout ce qui reste obstinément à la périphérie de mon regard, qui esquive aussi vite que je peux tourner la tête.

Ce serait comme enfin trouver, dans une bibliothèque, le livre qui a la solution toutes ces questions qui demeurent sans réponse malgré un demi-siècle sur Terre à chercher ce que je fais là.

Oui, oui. Il n'y a pas de réponse parce qu'il n'y a pas de question. Il n'y a aucun sens à la vie, aucun mystère à élucider, seulement quelque chose à vivre ; je suis les yeux par lesquels l'univers se regarde lui-même.

Mais quand même. Elle doit bien exister quelque part, cette route qui résume toutes les routes. Pour paraphraser Tchouang-Tseu (je crois), "le motard qui emprunte la Route des routes le matin peut arrêter la moto heureux, le soir".

Je me dis qu'à force de chercher, je vais la découvrir.

Et qu'arrivé au bout du chemin, je trouverai. Un grand miroir.

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty Les motos du turefu

Message  g2loq Mar 4 Oct 2022 - 9:20

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick | 04.10.2022

Les motos du turefu

Les motos modernes sont dangereuses et inconduisibles

Les motos modernes sont dangereuses et inconduisibles. Demande donc à ton petit-fils qui va passer son permis en octobre 2070. 
On faisait comment quand les motos ne freinaient pas toutes seules ?

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Les_mo10
Les motos du turefu (c) photo : Mikhail Nilov

Prenons la production moto d'octobre 1970. Regarde les freins. Regarde les pneus. Regarde les suspensions. Toi aussi tu la sens mal, la remise des gaz en grand un jour de pluie dans ce virolo piégeux à la sortie de Rungis ?

Pourtant, à l'époque, c'était le top du top : pneus en bakélite de 120 à l'arrière, suspensions de 34mm de diamètre avec un peu d'huile dans le fond, frein à tambour double came -double came, mec ! Le tout prenait 165 à toc' et ça déposait tout, même les Citroën DS.

Tu as vu les combardes de l'époque ? Les gants en peau de zébi et le chandail tricoté de la grand-mère pour pas (trop) geler sur place ? Les combis de pluie en coton huilé et les bottes de caoutchouc ? Les casques... la vache... les casques... même à cheval on n'oserait plus porter des trucs pareil.

Et l'éclairage... Oh, misère... L'éclairage. Ma bicyclette actuelle éclaire mieux que le fin du fin de ce temps-là.

Et la maintenance ? Le moteur sur l'établi tous les 10.000 et tout le monde trouvait ça normal. Ça faisait partie des petits plaisirs d'antan : déposer le haut moteur pour un oui pour un non, entre potes, après un petit café-calva.

Mon grand-père avait toujours les mains fourrées dans sa Bima Peugeot pour qu'elle démarre au premier coup de pédale tous les matins pour faire les 40 bornes Combs-la-Ville - Choisy-le-Roi aller-retour, vu qu'il avait fait ça à bicyclette par tous les temps pendant douze ans et n'avait que peu goûté l'expérience.

J'imagine qu'il serait tout à fait perdu au milieu de nous qui ne savons même pas réaliser une opération aussi simple qu'un calage d'allumage ou un jeu aux soupapes.

Alors ton petit fils de 2070 ? Terrorisé à l'idée de faire la pression des pneus tout seul ? De retendre une chaîne sans ce fort pratique appareil de mesure d'alignement par laser dont la dernière version t'indique dans combien de jours il faudra la remplacer ? De mettre en route son moteur sans avoir déclaré à la préfecture où il va et combien de bornes il compte faire ?

Je soupçonne son sourire moqueur à la vue de nos pneus tout rikiki de 190 seulement, de nos machines sans suspensions actives avant-arrière, sans contrôle actif de l'équilibre, sans éclairage adaptatif, sans indicateur de dépassement de la consommation optimale.

- Certains roulaient même sans contrôle de traction : des maboules, ch'te dis !

Pour redescendre sur Terre, je pense souvent à mon grand-père. Le seul de sa fratrie à avoir appris à lire et à écrire parce qu'il avait été choisi pour être enfant de choeur. À la mine à douze ans. Sitôt marié, il avait pris deux mois de "vacances" pour construire avec ses frangins la maison de sa future famille -cette bicoque a été rasée récemment et ça m'a fait beaucoup de peine de l'apprendre.

Je me souviens bien d'un jour où, déboulant dans son atelier sur mes guibolles de huit ou neuf années, il m'avait montré, l'air mystérieux, un ressort qu'il venait de monter dans les entrailles de la Bima. Il m'avait alors expliqué qu'il avait vu la modif' sur le dernier modèle et s'était dépêché de rentrer pour fabriquer et monter la même pièce sur sa propre machine. Après quinze ans chez Renault Choisy-le-Roi, je mettrais ma main à couper que les cotes du ressort "maison" étaient exactes.

Alors la moto du turefu ? Avec des scellés sur le bloc moteur ? L'assurance qui saute si tu touches au firmware ? Un SMS de ton concessionnaire s'il détecte une ouverture inopinée de la selle passager ? Avec un QR code à la place de la plaque d'immatriculation pour avoir enfin la circulation alternée : un jour c'est pas ton tour et le lendemain non plus ?

Mouais.

Tu dois te dire que je noircis le tableau. Que c'est quand même bô le progrès. Que c'est pas mal d'avoir des bécanes qui font facile leurs 100.000 bornes sans que les pistons voient la lumière du jour. Que c'est mieux de sortir de ce virolo à Rungis sur la selle plutôt que le cul par terre.

Je me dis que si je jetais un oeil au catalogue Kawasuki d'octobre 2070, je ferais une drôle de tête :

- Pauvres mômes. Obligés de rouler sur ça.

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty Je suis passé à l'Ennemi

Message  g2loq Mar 11 Oct 2022 - 10:31

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick | 11.10.2022

Je suis passé à l'Ennemi

J'avoue. Je suis un traître. J'ai cédé à la facilité et au pragmatisme : je vais au taf' en trottinette électrique. 
En fait, c'est tout comme une moto.

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Je-sui10
Je suis passé à l'Ennemi (c) photo : Brayden Law

Oui, oui. Je sais ce que tu vas dire : la trottinette, c'est mal. C'est juste bon pour les ados qui ont des produits bizarres dans les cheveux et les ongles fluo. Les trottinettes, ça fait n'importe quoi sur les trottoirs, c'est super dangereux et ça va entraîner la fin de la civilisation telle que nous la connaissons.

Ça y est ? Tu as fini ta petite crise BFM ? On peut causer, maintenant ?

Les points communs entre la trott' et la moto sont en effet fort nombreux. C'est casse-gueule. La période d'apprentissage est ponctuée de gamelles. Quand il pleut, on est mouillé. Quand il fait chaud, on sue parce que rouler en short-t-shirt c'est risquer les pizzas sur les mains, les genoux et les coudes. Les autres gens nous voient comme des emmerdeurs ou des fous dangereux. C'est lourd à déplacer. Il n'y a jamais assez de chevaux. L'antivol est obligatoire -tout comme l'assurance, maintenant. Faut apprendre à freiner sinon zwiip-paf. Faut pas mettre de gaz sur l'angle sur les bandes blanches quand il pleut sinon zwiiip-paf. Où qu'on roule, on n'est nulle part à notre place. Il ne faut jamais rouler sans gants coqués sur les paumes sinon paf le scaphoïde. Les rails de tram sont un piège mortel. Ça se gare n'importe où. Le premier réflexe après l'achat c'est de voir comment débrider le bouzin, parce que "stock", c'est mou et ça se traîne.

Tout comme une moto, ch'te dis.

En fait, c'est le Chappy moderne. Le Chappy ? Cette mini-moto très basse de selle à moteur deux-temps, vendu du milieu des années 70 à 1996. Le Dax de chez Yamaha. Le Chappy type 550, où on roulait à deux même si c'était interdit. Sans casque, sans gants. Volé à la moindre occasion. Conduit à l'époque soit par des ados qui se foutaient de tout (et qui aujourd'hui forment le gros du peloton des râleurs contre des trottinettes), soit par des adultes qui appréciaient son petit gabarit, son poids ridicule (80 kilos), son côté passe-partout et son faible coût d'utilisation. Plus cossu qu'un Ciao, plus logeable qu'un Monkey, moins prolo que la mob', plus mignon qu'une Suzuki ER 21, plus léger qu'un Bop... Le Chappy, quoi.

Mais revenons à la trott'. Après avoir bien regardé tout ce qui se fait sur le marché, pour faire les cinq bornes qui me séparent du taf' par à peu près tous les temps :

la moto est inutile, puisque le moteur n'a même pas le temps de chauffer ;
la bicyclette c'est bien, mais j'arrive un peu en sueur au boulot et chez nous les vestiaires sont mixtes ;
le VAE permet de limiter la transpiration, mais sous la pluie j'ai quand même les vêtements mouillés sous la combi ;
la gyroroue est un peu trop casse-gueule à mon goût et nécessite un réapprentissage complet ;
les draisiennes électriques ne sont pas homologuées à ce que j'ai compris ;
les skate-boards électriques... mouais.
Reste la trottinette, qui forme un peu le chaînon manquant entre la gyroroue et le VAE. Pas besoin de pédaler, pas de vitesses à passer, plus maniable qu'un vélo, ne serait-ce qu'à cause de l'empattement et de l'encombrement. Mais bien plus casse-gueule (faut jamais lâcher le guidon), très tape-cul, avec une capacité d'emport limitée au sac à dos, lourde quand il y a des marches à monter...

Pour aller au boulot même quand il pleut, la machine doit être étanche. Or, les certifications IPx sont rares : pas de Minimotors, pas de Xiaomi, pas toutes les Laoti, pas toutes les Nanrobot... En fait, le choix est assez simple : pour une urbaine pas trop chère (moins de 1.000 balles), pas trop lourde (moins de 20 kilos) et tous temps, j'ai remarqué quatre modèles : Ninebot G30, Inmotion L9, Kuickwheel S1-C et Navee N65.

Comme on est encore sur le Repaire des Motards et non pas sur le Repaire des Traîtres, je laisse de côté le détail des raisons qui m'ont fait retenir la G30. Si les Xiaomi sont les CB 500 des trot', imagine la G30 comme une MT-07. Plus grosse, plus pêchue même si elle reste bridée à 25 km/h, elle fait moins jouet que les Xiaomi qui traînent une réputation exécrable en matière de crevaisons à cause de leurs fragiles pneus à chambre. D'où les tubeless à gel de la Ninebot. Cette dernière dispose d'un chargeur intégré au châssis, donc j'emporte un simple câble électrique pour faire le plein en loucedé au boulot (le "plein" est à 8 centimes).

Le bilan après trois semaines ? C'est casse-gueule : j'ai pris ma première pelle en moins d'une semaine d'utilisation sur une déformation que je n'avais pas vu. Il faut donc toujours rouler au minimum avec des gants de piste coqués aux poignets. Cet hiver, je porterai mon blouson de moto avec ses protec'. Il faut très bien connaître son parcours : un trou, une bosse, une bordure de trottoir mal négociée et tu finis de freiner sur les incisives. Il faut ajouter une loupiotte sur le casque ou le sac à dos pour être vu de l'arrière : le feu d'origine est trop bas. Le phare avant ne suffit pas de nuit en ville. Tu peux bidouiller le logiciel pour corriger une certaine mollesse à la remise des gaz, mais 25 km/h c'est déjà bien suffisant avec les petits pneus et sans suspensions. Put...n, ça secoue jusque dans les molaires quand le bitume est fripé -faut dire que je suis gonflé à 4 bars.

Enfin, le plus important avec ce genre d'engins reste le parcours : oublie direct si tu dois cohabiter avec les piétons (paraît que c'est interdit, en plus) ou, pire, avec les voitures. Sur mes cinq bornes de trajet, je dois faire environ 300 mètres sur la route. Tout le reste du parcours se fait sur piste cyclable : un vrai soulagement.

Si tu songes à la trot', au VAE ou à la gyroroue pour tes petits déplacements, fais-toi une faveur : étudie d'abord avec soin par où tu vas passer, quitte à faire un détour. C'est le paramètre le plus important si tu ne veux pas finir encastré dans une calandre.

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty Le Club des Vieux Râleurs recrute

Message  g2loq Mar 25 Oct 2022 - 11:08

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick | 25.10.2022

Le Club des Vieux Râleurs recrute

Tu viens ? On recrute sur dossier

Tu as sûrement en stock un motif de râlerie tout à fait intéressant qu'il te tarde de partager avec un auditoire attentif.

Tu viens ? On recrute sur dossier : tu as sûrement en stock un motif de râlerie tout à fait intéressant qu'il te tarde de partager avec un auditoire attentif

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Le-clu11
Le Club des Vieux Râleurs recrute (c) photo : Gratisography

Tu viens, alors ?

Comment ça : "non" ?

Parce que tu t'imagines avoir le choix ?

Non, non, non, petit père.

Allez, dépêche : la xième manche du Championnat du Contribuable Indigné commence. Faut pas louper ça.

En stock, on a de quoi tenir les soirées d'hiver des trente années qui viennent : les jeunes qui n'ont plus de valeurs, l'esprit motard qui fout l'camp, l'Etat qui nous prend pour des pigeons, les constructeurs qui font n'importe quoi, les radars et le stationnement, les motos d'avant c'était mieux, les jeunes d'aujourd'hui qui ne savent plus rien faire, ya plus moyen d'rouler...

Sans compter la liste grandissante de nos exploits et aventures à moto, sujet pour le coup inépuisable puisque faisant appel, pour une large part, à notre imagination.

Au Club, les hypocondriaques toutes options et les inlassables débusqueurs de petites bêtes peuvent enfin se lâcher et mettre du gros gaz. Il y aura toujours une oreille attentive et plusieurs adhérents pour opiner du chef à leur diatribe.

Nous tolérons les mômes -il y a de futurs râleurs de calibre international chez eux- mais soyons honnête : nous préférons recruter à partir de la quarantaine, ne serait-ce que par le type de lieux que nous fréquentons. Moins Café des Sports et plus Relais de la Reine Glaviot, si tu vois ce que je veux dire. La barquette merguez-frites on tolère, comme une madeleine de Proust qui se dégusterait en bord de piste assis sur un tas de pneus dans le boucan des qualifs', mais faut bien admettre qu'au Club, on préfère la catégorie au-dessus. Avec l'âge, on préfère péter dans du coton bio d'Égypte que sur le skaï des chaises de comptoir ; penser ici à râler après l'envolée des prix au restaurant / faire une remarque sur leurs difficultés à recruter par les temps qu'on vit / enchaîner direct sur les jeunes qui sont plus bons à rien, etc.

C'est un peu comme les poignées ou les selles chauffantes. Insidieusement, ces options sont devenues un critère de choix. La bulle reste en position haute. Ce n'est plus par prudence que l'on s'y prend à deux fois pour jeter la jambe par-dessus la selle, selle qui par ailleurs a fait un petit séjour chez un sellier pour arranger un peu tout ça ; penser ici à pester contre les hauteurs de selle qui ne cessent d'augmenter et les sièges de moins en moins confortables / chez Béhème c'est en option alors pourquoi pas chez les autres, etc.

Je m'installe à leur table avec gourmandise. Nous ne sommes pas mercredi soir, mais ça y ressemble drôlement. À force, je connais le répertoire de chacun, le bouton rouge sur lequel appuyer pour les lancer.

C'est cruel de ma part ? Peut-être. Mais observe plutôt comme ils chérissent leur pétouille, comme ils cajolent leur réprobation.
C'était leur clef pour entrer au club ; sans, ils n'ont plus rien à dire. À la manière d'une pyramide humaine, l'un soutenant l'autre, ils forment un édifice social reposant sur un socle de colères et de peurs. Regarde comme le consensus est façonné progressivement, comme l'impensable d'hier devient l'évidence d'aujourd'hui.

Moi ? J'appartiens à l'élite du Club. La Loge des Râleurs après les Râleurs. Je traque le râle-petit, l'indigné mineur, le blâmeur frileux ou, à l'opposé, le tonitruant trompeteur de vérités universelles. Oui, oui, je sais bien l'ironie qu'il y a à râler après les râleurs ; tu m'as pris pour un râleur commun, ou quoi ?

J'ai l'air de me moquer, comme ça. Mais les vieux râleurs sont par ailleurs des personnes tout à fait sympathiques. L'autre jour, par exemple : j'étais en train d'expliquer le délicat travail qui consiste à produire une Kronik semaine après semaine et ce que cela signifie d'apprivoiser sa créativité. L'un d'eux, fort intéressé, m'a demandé si j'étais prêt à développer devant un auditoire attentif et bienveillant lors d'un dîner. J'ai tout de suite accepté.

C'est demain soir, mercredi

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty Comme à Vincennes un vendredi soir

Message  g2loq Mar 1 Nov 2022 - 8:35

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick | 01.11.2022

Comme à Vincennes un vendredi soir

Au tournant du siècle, je passais mes vendredis soir sur l'Esplanade du château de Vincennes avec d'autres motards. 

Je retrouve la même ambiance ici, sur ce bout de place.

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Dddddd45
Comme à Vincennes un vendredi soir (c) photo : Pixabay

Si tu n'y étais pas, il s'agissait du lieu de rendez-vous pour 20 (en février) à 600 (en juin) motards de la région parisienne. Nous passions de longues heures à battre la semelle, taillant le bout de gras avec les potes avant de décider d'aller boire un verre quelque part (chez Mickey, à Lognes, chez Untel, chez Machin) à une allure largement prohibée.

On causait moto, moto, gamelle, voiture, moto, bagnole, chute, moto, flics, voiture, moto, pluie, moto, neige, moto. Tu vois le truc ?

Je ne sais plus trop quand ni pourquoi j'ai cessé d'y aller. Peut-être l'arrivée des premiers bébés qui ont fixé certains couples. Peut-être les téléphones mobiles qui ont rendu désuet un lieu de rendez-vous commun puisque nous pouvions, en quelques SMS, savoir qui allait où -loin de rapprocher, les GSM ont creusé des fossés. Peut-être aussi que j'ai fini par en avoir marre de rouler comme un dératé pour suivre le groupe.

Étrangement, je retrouve ici la même ambiance, ce soir. Les minorités ont une tendance naturelle à faire bloc, qu'il s'agisse de motards ou d'autres.

À Vincennes, à l'époque, je regardais d'un oeil incrédule les motards de cinquante ans et plus, sur leurs motos de vieux, leurs Pan European, leurs Diversion 900, leurs K100, leurs 1200 FJR. Aujourd'hui, c'est moi le quinqua qui évolue au milieu de mômes qui hésitent un peu à me dire "tu".

Ça cause bécane, bécane et bécane. Voiture, chute, pluie, bécane, pneus, bécane, flics, gamelle, bécane. Mais aussi autonomie, ampérage, swap de batterie, firmware, soudure, Watt-heure, piétons, poussette, voiture, chiens et ainsi de suite.

Oui, je suis à un rendez-vous de trottinettes électriques. Tout comme à Vincennes, on se demande où on va aller en balade. Certains proposent des destinations lointaines. Ceux avec les "petites", qui tiennent à peine les 30 kilomètres avant que leurs batteries ne soient à plat, font la gueule -comme ceux en 125 quand on décidait d'aller chez Mickey par l'autoroute. Les "grosses" s'en foutent : elles tiennent 80 kilomètres facile.

Nous partons. À 'fond' : les 25 km/h légaux. Les "grosses" sont revenues en mode bridé pour rouler avec le groupe. Nous sommes une douzaine. Premier dimanche d'octobre : nous profitons d'un soleil qui se croit encore en été alors que l'air respire l'humidité de l'automne. Sous nos roues, les feuilles mortes trempées par les averses d'hier font "flouitch-flouitch". Heureusement qu'une G30 se nettoie plus facilement qu'une SV.

Comme à Vincennes, certains font des wheels -oui, oui, ça wheele, une trott'- et sautent les trottoirs en faisant des figures. J'ai fait pareil en roller, j'ai vu mes potes faire pareil en skate au Trocadéro. En quarante ans, finalement, rien n'a changé : il s'agit de faire le zazou pour se faire remarquer et d'enfreindre quelques interdits pour se donner l'air viril. Quand une société n'a plus de rite de passage, le groupe invente les siens.

Au troquet, arrivé à destination, ça cause bécane, bécane et bécane : c'est notre dénominateur commun. Comme avec la loi des 100 chevaux, la question du débridage revient souvent. Certains ne veulent pas en entendre parler et ont débridé dès l'achat. D'autres, comme moi, pensent que 25 km/h c'est déjà bien. L'assemblée compte deux bidouilleurs fous dont les trott' sont régulièrement démontées : en BTS d'électricité, ils ont changé tous les connecteurs et certains câbles qu'ils jugeaient de trop faible section, puis ont construit leur propre bloc de batteries à partir de cellules ; un peu comme le gars qui, à l'époque, dans son garage, changeait les arbres à cames de sa sportive '100 chevaux' pour des modèles venus d'Italie ou d'Allemagne après avoir complètement modifié la rampe de carbus. Rien n'a vraiment changé, ch'te dis.

Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait... le sentiment d'appartenir à un groupe partageant un centre d'intérêt commun -ouais, ouais, 'l'ivresse' c'est plus court et plus classe.

NdG : cf. la Kronik du 11 octobre pour le pourquoi du comment  Wink

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La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Empty La Fin du Monde est pour cette aprème

Message  g2loq Mar 8 Nov 2022 - 8:31

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 Min-l167
par Koud'Pied o'Kick | 08.11.2022

La Fin du Monde est pour cette aprème

À lire les actualités, j'ai l'impression d'une suite de prédictions à la Nostradamus

Est-ce une manière de ne pas attendre sans rien faire la Fin du Monde ?

À lire les actualités, j'ai l'impression d'une suite de prédictions à la Nostradamus. Puis la date annoncée de la Fin du Monde passe et... rien n'arrive. Mais fort heureusement le soir même une nouvelle date pour la Fin du Monde est annoncée. Alors ouf ! On peut re-paniquer.

La Kronik de Koud'Pied o'Kick du Repaire des Motards - Page 3 La-fin10
La Fin du Monde est pour cette aprème (c) photo : Alina Vilchenko

Avec les motos, ce sont les rumeurs folles à propos du prochain modèle de chez Trucmuche, qui aura un moteur à plasma, des rétroviseurs laser de série, un générateur à effet Cherenkow et deux cents chevaux à tous les tours/minutes ; pour se retrouver finalement avec un énième twin parallèle double arbre de 80 chwô, plus une version A2. Mais fort heureusement, Bidule va sortir prochainement -rumeurs ! photos volées ! - une moto attendue avec beaucoup d'impatience, munie d'un moteur à calage Powerslurp, décapotable, avec freins à leviers au carbure de mycélium (en vrai : un twin de 80 chwô + A2, donc).

Pareil avec le pétrole. La moindre pétouille au Moyen-Orient et les pétrologistes officiels bondissent sur les plateaux télé pour expliquer, l'air tragique, que ça "pourrait" atteindre un prix astronomique d'ici la mi-juin. Ou pas. Mais on devrait quand même vachement baliser parce que -rendez-vous compte !- 200 dollars le baril ! 200 dollars ! Ou peut-être pas. Ces gens-là adorent se coller la frousse et tentent par tous les moyens de la refiler aux autres.

Six mois plus tard, le pétrole a vaguement clapoté aux alentours de cent trente balles à Londres (où Tötâââl n'achète pas son pétrole de toute façon). Les pétrologistes officiels sont rentrés chez eux après avoir touché leurs chécos ; ils guettent la prochaine pétouille au Moyen-Orient qui va leur donner l'occasion de revenir sur les plateaux expliquer que ce coup-ci, c'est sûr-sûr-sûr, ça va atteindre les deux cents dollars, c'est super grave ; paniquez, s'il vous plaît ?

Je pourrais multiplier les exemples : la banquise, la moutarde, le PQ, les pneus neige, le charbon pour cet hiver, les barrettes mémoire pour ordinateur, les motos neuves, le doliprane, les billets de banque aux distributeurs, les bicyclettes électriques, les cartes graphiques...

Les ressorts sont transparents : il y a d'un côté les victimes (le plus souvent : nous, les gentils) et de l'autre les méchants, parfois étrangers, de toute façon pas comme "nous".

Entre ces deux camps opèrent des mécanismes et des systèmes nébuleux, trop complexes pour être expliqués au commun des mortels -comme le répètent les zexpères pourtant payés pour "décrypter". N'essayez pas de comprendre : puisqu'on vous dit que c'est super-super compliqué ; croyez-nous sur parole épicétou.

Enfin, il est apparemment impossible de faire quoi que ce soit pour changer la donne : les zexpères, impuissants, restent dans le constat. Contre la hausse de ceci, les pénuries de machins ou la baisse de cela, il n'y a rien à faire. C'est la faute à la fatalité et pas du tout à des lois taillées sur mesure ou à un lent travail de sape réglementaire.

Dans le fauteuil à côté du zexpère, trône le Yaka, dont le rôle consiste à donner l'illusion d'un débat. Grand brasseur de vent, si on le plantait devant une éolienne on aurait enfin inventé le mouvement perpétuel. Il est payé pour répéter que Yaka, que des "solutions" existent. Mais seulement si celles-ci sont inefficaces, inapplicables ou carrément pires que le mal lui-même.

C'est qu'il ne faudrait surtout pas que le populo se pose des questions et s'imagine qu'il pourrait trouver une réponse dans son coin, sans rien demander à personne. Cela ferait immédiatement trois victimes qui n'ont pas du tout envie d'appliquer à elles-mêmes les recettes qu'elles voudraient imposer aux autres : le zexpère, le Yaka et celui chargé de leur tendre le micro. Bah... ils pourront toujours faire footballologue ; on n'a jamais assez de footballologues, apparemment.

Pour le pétrole, ça va être tendu de planter une raffinerie dans son potager. Mais pour le reste... faudrait voir. Ne serait-ce que pour le petit délice que ce serait d'apprendre qu'on a mis un zexpère au chômedû.

Pour ma part, j'en reviens à des questions très simples : de quoi ai-je besoin ? De quoi puis-je me passer sans effort ? Est-ce que je vais vraiment louper quelque chose en passant d'une bécane de 100 chwô à pneu arrière de 180 qui tient à peine 8.000 bornes vu le couple moteur, à une machine de 60 bourrins, plus légère, à vidanger tous les 12.000, montée d'un 160 qui tient jusqu'à la révize en faisait un peu attention. En procédant ainsi, fais-je un pas en arrière ou un pas de côté ?

Est-ce une manière de ne pas attendre sans rien faire la Fin du Monde qu'on nous annonce pour après-demain depuis deux ans ? Ou au contraire un moyen illusoire de retarder ce qui, de toute façon, va nous tomber sur le coin du pif ?

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